samedi , 16 décembre 2017
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Denis SASSOU N'GUESSO et "Joseph KABILA KABANGE"
Denis SASSOU N'GUESSO et "Joseph KABILA KABANGE"

Dialogue : NON à SASSOU

On peut pas compté sur une mediation d’un dictateur qui nie toute conception morale du pouvoir et dont l’unique ambition est la domination de son peuple.

La carte Dénis Sassou Nguesso est aujourd’hui présentée comme un joker devant désamorcer la crise politique liée à l’organisation d’un dialogue national au Congo-Kinshasa. Qu’une telle perception vienne de lointains horizons, cela peut se comprendre. Mais qu’elle traduise l’état d’esprit de certains de nos hommes politiques et acteurs de la société civile qui se disent acquis au changement, il y a de quoi douter définitivement de notre capacité à nous relever un jour.

Bula-Matadi sans frontières, nous avons eu une fois l’occasion de jauger Sassou Nguesso et son administration en matière de facilitation et de médiation dans la résolution pacifique de conflit. Début décembre 2012, la coalition rebelle Seleka s’empare de plusieurs localités du nord-est de la République Centrafricaine. Dans sa progression pour arracher le pouvoir à Bangui, elle est stoppée à 185 Km de la capitale, dans la localité de Sibut, par des troupes tchadiennes dépêchées par Idriss Deby Itno. En sa qualité de président en exercice de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC), celui-ci convoque à Ndjamena, le 21 décembre 2012, un sommet extraordinaire de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement. Une initiative plus que louable pour un dirigeant africain.

Le sommet demande la cessation immédiate des hostilités. Il appelle entre autres à la constitution de toute urgence d’une force d’interposition de la Mission de consolidation de la paix en Centrafrique (Micopax) et à un dialogue entre le gouvernement centrafricain, l’opposition et les rebelles à Libreville, “sans délai” et sous l’impulsion du Congo-Brazzaville. On remet ainsi à l’honneur l’accord de paix entre protagonistes centrafricaines signé à Libreville en 2008 ainsi que les recommandations du Dialogue politique inclusif de Bangui en 2010. Car, comme le note Idriss Deby en marge du sommet : “La reprise de la violence en Centrafrique vient du fait que les accords signés à Libreville n’ont pas fonctionné. Il faut revoir les mécanismes pour les faire marcher à nouveau”.

Alors que Deby Itno a pris la mesure du drame en agissant vite ; alors que des milliers de Centrafricains sont jetés sur les routes de l’errance quand ils ne sont pas massacrés par les rebelles et les forces gouvernementales, Sassou Nguesso et son administration ne sont nullement pressés. Ils attendent tout bonnement que passent les fêtes de fin d’année avant d’agir. Pour leur forcer la main, des représentants des organisations internationales basées à Bangui se rendent à Brazzaville. Première grande surprise, alors que la Centrafrique est une république voisine du Congo-Brazzaville ayant de surcroît une ambassade à Bangui, l’équipe mise en place par le ministre des Affaires étrangères Basile Ikouebé pour préparer les nouveaux pourparlers de paix de Libreville ne connait même pas tous les groupes rebelles centrafricains devant y être invités. Deuxième grande surprise, l’équipe d’Ikouebé s’approprie tout simplement le travail des organisations internationales dont il est question ci-dessus et fait du copier-coller sur papier en-tête du ministère, allant jusqu’à reproduire les fautes de frappe. L’amateurisme à l’état brut !

Quand les négociations de paix de trois jours se terminent à Libreville le 11 janvier 2013, Denis Sassou Nguesso est désigné par ses pairs Médiateur International de la crise centrafricaine. Il est décidé que la résolution de celle-ci se déroule en trois étapes : la conclusion d’un accord de cessation des hostilités entre les belligérants à Brazzaville, la tenue d’un forum national à Bangui et l’organisation des élections sur toute l’étendue du territoire centrafricain.

Déjà à l’étape de Brazzaville, qui est clôturée le 23 juillet 2014, le Médiateur est accusé d’avoir acheté la signature du représentant de la coalition rebelle Seleka, ce qui conduit celle-ci aussitôt à remettre en cause l’accord ainsi obtenu. Pire, pendant que les forces vives centrafricaines se préparent à débattre sur l’avenir de leur nation au forum de Bangui, qui finit par se dérouler du 04-11 mai 2015, Sassou Nguesso, qui s’imagine sans doute qu’il peut se conduire impunément en dictateur sur la scène internationale, comme dans son propre pays, crée la surprise. Il initie un forum parallèle à Nairobi début 2015 entre les factions belligérantes fidèles aux deux anciens présidents François Bozize et Michel Djotodia en présence de ces derniers, tout en désignant Uhuru Kenyatta comme facilitateur. Ce faisant, Sassou n’informe ni la cheffe d’Etat de transition de Centrafrique, ni les autres Etats-membres de la CEEAC, ni la France, ni l’UA, ni l’ONU. Du jamais vu !

Comme il faut s’y attendre, sous la pression de la communauté internationale, l’initiative plus qu’hasardeuse de Sassou accouche d’une souris. Bozize et Djotodia rêvent d’une troisième transition dans laquelle ils peuvent jouer de beaux rôles et d’une amnistie générale. Sassou leur promet la signature d’un accord avec tambours et trompettes, en présence des chefs d’Etat de la région. Mais le 21 février 2015, Kenyatta plus qu’embarrassé enferme les deux anciens présidents dans un hôtel de Nairobi pour qu’ils terminent vite leur cinéma de mauvais goût. Dans leur déclaration, ils adhèrent à la feuille de route de transition telle que dictée par la CEEAC et acceptée par les autorités centrafricaines et le reste de la communauté internationale. Mais le mal est déjà fait. Suite aux compétences plus que douteuses du Médiateur Sassou, les factions rebelles fidèles à Bozize et Djotodia vont rejeter plus tard les conclusions du forum de Bangui. Elles ne vont même pas participer au processus électoral, allant jusqu’à le perturber dans certaines zones sous leur contrôle, mais sans succès puisque la communauté internationale veuille au grain.

Nous avons maintenu des contacts avec la Centrafrique et des leaders politiques des groupes armés dont la faction Seleka du Front Populaire pour la Renaissance de Centrafrique (FPRC), présidé par l’ex-président Michel Djotodia. Au moment de la rédaction de cet article, nous avons tenu à savoir le rôle joué par le Médiateur Sassou après les élections, car pour les raisons exposées ci-dessus, la conséquence de son action est que le FPRC et d’autres factions armées attendent des négociations avec le nouveau pouvoir pour régler des différends qui auraient pu trouver une solution au forum de Bangui. L’un des leaders du FPRC a préféré nous envoyer une correspondance du mouvement datée du 26 juin 2016 et adressée à Mr. Iyad Amin Mandani, le Secrétaire Général de l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI), la deuxième plus grande organisation intergouvernementale après les Nations Unies, avec aujourd’hui 57 Etats-membres et la Centrafrique comme observateur. Les leaders du FPRC demandent tout simplement la médiation de l’OCI. Y a-t-il meilleure façon de désavouer le Médiateur Sassou qui les aura induits en erreur et qui aujourd’hui brille par son inaction ? A-t-on idée des souffrances humaines supplémentaires pour les Centrafricains ?

Il n’y a pas que les piètres performances de la médiation à la Sassou. Ce dernier fut le dictateur de la République du Congo de 1979 à 1992. Il est le dictateur de ce pays depuis 1997. Il totalise ainsi 32 années de dictature. Il n’a d’autre culture politique que celle de la dictature. Son nom est souvent cité dans plusieurs crimes politiques et économiques dignes de la politique du ventre et de prédation. Les réseaux de la France-à-fric le maintiennent au pouvoir contre la volonté du peuple congolais d’en face. Il occupe par ailleurs une bonne place au hit-parade des dirigeants méprisables que Joseph Kabila prend aujourd’hui pour modèles en voulant également s’accrocher au pouvoir en dépit de l’interdit constitutionnel. Lui confier un quelconque rôle dans la facilitation de la crise politique en cours dans notre pays, n’est-ce pas accorder une prime à la médiocrité, celle-là même que notre peuple combat, de la dictature de Mobutu Sese Seko hier à celle de Joseph Kabila Kabange aujourd’hui en passant par celle de Laurent-Désiré Kabila ?

[Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo]

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