dimanche , 17 décembre 2017
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Edem KODJO
Edem KODJO

Dialogue : Edem KODJO fragilisé ?

Edem Kodjo, facilitateur désigné de l’Union africaine au dialogue politique national, se bat pour sa survie. Des signes avant-coureurs sont perceptibles. Sa récusation par le « Rassemblement » l’a sérieusement fragilisé. En reportant dernièrement l’ouverture de la réunion du comité préparatoire au dialogue, Kodjo a fini par lâcher du lest. Depuis son désaveu, le Togolais a adopté un profil plutôt bas.

Edem Kodjo passe des moments difficiles. Honni par le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, l’homme se bat pour sa survie en tant que facilitateur du dialogue politique en RDC. Que dira le groupe de soutien à la facilitation qui se réunit aujourd’hui à Kinshasa pour une évaluation d’un dialogue en panne. Mercredi, quelques diplomates africains en poste à Kinshasa ont décidé de voler au secours du Togolais qui peine à faire l’unanimité autour de sa personne.

Edem Kodjo, facilitateur désigné de l’Union africaine au dialogue politique national, se bat pour sa survie. Des signes avant-coureurs sont perceptibles. Sa récusation par le « Rassemblement » l’a sérieusement fragilisé. En reportant dernièrement l’ouverture de la réunion du comité préparatoire au dialogue, Kodjo a fini par lâcher du lest.

Depuis son désaveu, le Togolais a adopté un profil plutôt bas. Le dernier communiqué du groupe de soutien, convoqué aujourd’hui jeudi au siège de l’Union africaine, à Kinshasa, ne porte pas sa signature. Pour tout observateur averti, c’est un signal fort.

S’il n’est pas encore essoufflé, il faut néanmoins reconnaître qu’Edem Kodjo traverse une zone de très fortes turbulences.

Les Africains se mobilisent

Dans certains cercles, l’on estime que l’échec de Kodjo serait un affront pour toute l’Afrique. Pour s’enquérir de la situation, un groupe de diplomates africains en poste à Kinshasa est allé, hier mercredi, à la rencontre du Togolais. En réalité, les diplomates tentent de jeter une bouée de sauvetage à un facilitateur dont l’impartialité est mise en cause.

L’on se rappelle que, le 31 juillet 2016 au meeting du Rassemblement sur le terrain Triomphal, Etienne Tshisekedi a affiché sa fermeté en confirmant haut et fort son divorce d’avec le facilitateur de l’UA.

Le navire de la facilitation prenant eau de toutes parts, les diplomates africains tentent de lui éviter un éventuel naufrage. Aussi ont-ils amorcé une démarche tendant à colmater les brèches ouvertes. Raison pour laquelle, à l’issue de leur entretien avec Edem Kodjo, ceux-ci ont, dans un langage diplomatique et laconique qui ne tire pas les conséquences du désaveu de l’Opposition, renouvelé leur soutien au Togolais.

Par ailleurs, le fait que la charge de faire la déclaration à la presse ait été donnée au représentant du président Sassou à Kinshasa prouve à suffisance qu’Edem Kodjo se trouve bel et bien dans de beaux draps. Au sortir de la réunion, ce dernier, en sa qualité de vice-doyen du corps diplomatique africain, a confirmé qu’ils étaient venus non seulement encourager le facilitateur mais aussi le soutenir totalement dans ses démarches. « Nous avons eu une heureuse opportunité dans le cadre de la grande famille africaine de rencontrer le facilitateur. Et dans le cadre de cette rencontre, le facilitateur nous a fait une rétrospective des démarches multiples et complexes qu’il a eues à mener afin d’asseoir le processus du dialogue », a-t-il déclaré. Il a indiqué que le facilitateur a fait état d’acquis mais aussi d’obstacles rencontrés et des mécanismes enclenchés afin d’ «asseoir le dialogue ».

« Il nous a parlé de ces démarches, de bonne foi, en vue de créer un climat favorable en direction de l’opposition radicale », a indiqué l’ambassadeur du Congo/Brazzaville à Kinshasa. Il s’est voulu optimiste sur le succès de la mission confiée à Edem Kodjo. « Je crois, qu’en dépit de tout ce qui s’est passé, nous avons rencontré un facilitateur calme et serein. Son moral n’est pas émoussé, nous avons trouvé sa détermination nette compte tenu du fait qu’il a été mandaté par l’Union africaine et soutenu par les autres institutions en vue d’aider à trouver des solutions sur le dialogue qui doit absolument se tenir », a-t-il renchéri. C’est dire que les diplomates africains croient en la capacité de Kodjo à surmonter toutes les difficultés qui jonchent son chemin.

Cependant, il y a lieu de se relativiser la démarche des diplomates africains. Apporter son soutien à Kodjo ne suffit pas pour décanter la situation. Il faudrait en plus, rester réaliste et éviter de minimiser la récusation du « Rassemblement ». Autrement dit, les diplomates africains ne devaient pas se limiter à Kodjo, au contraire, ils devraient étendre leur mission de bons offices jusqu’à à la majorité au pouvoir et à l’Opposition. Il serait hasardeux de concevoir un dialogue sans l’Opposition, particulièrement celle regroupée au sein du Rassemblement. Dans de rares moments de lucidité, le facilitateur n’avait-il pas déclaré « sans l’UDPS, il n’y a pas dialogue » ?

Dans un entretien en privé, un sénateur du MLC, professeur d’université de surcroît, avait déclaré, parlant d’Edem Kodjo, « qu’il ne peut pas venir nous imposer des schémas qu’il ne voudrait pas pour son propre pays, pour son peuple ». C’est tout dire sur l’état d’esprit qui règne à l’opposition vis-à-vis d’Edem Kodjo. Tous les ténors de la famille politique opposée au président Joseph Kabila sont unanimes à reconnaître que le facilitateur de l’Union africaine est « le problème » dans le processus qui conduit à la tenue du dialogue politique inclusif.

L’engouement qui se constate de l’autre côté du fleuve Congo, malgré le passé peu flatteur du président Denis Sassou Nguesso, démontre que l’ancien Premier ministre togolais n’inspire pas confiance. De maladresses en maladresses, il s’est retrouvé en position indélicate, obligeant la Majorité présidentielle à jouer à visage découvert pour le soutenir.

Eviter le spectre de concertations bis

Le plus grand défi du facilitateur est de réussir la participation de tous les protagonistes. En se limitant aux opposants qui s’offrent d’eux-mêmes alors que leur ancrage sociologique est sujet à contestation, Edem Kodjo n’aide ni la MP, ni la cause du dialogue national.

Ne pas prendre en compte la vraie opposition c’est rééditer les concertations de 2013. Les 70% des résolutions de ces fameuses assises moisissent dans les placards des bureaux des présidents de deux chambres du Parlement.

Edem Kodjo a l’occasion de marquer, à l’instar du Botswanais Ketumile Masire, l’histoire de la République démocratique du Congo. C’est à lui de trouver, en puisant dans son passé de diplomate, le parfait sésame pour amener autour du dialogue tous les protagonistes de la crise congolaise. S’il continue à s’enfermer dans sa tour d’ivoire, en s’accrochant au mandat lui confié par l’UA, sans intégrer préalablement la dynamique du terrain, il est en train de faire fausse route. Une belle manière de creuser sa propre tombe.

Par élégance, Edem Kodjo doit faire le pas vers l’Opposition. C’est en cela aussi qu’il fera preuve de son impartialité. Et les diplomates africains doivent l’y aider. La complexité de la crise congolaise n’est pas propice à des solutions clés en mains. Edem Kodjo ferait mieux de relire l’histoire du Dialogue inter congolais de Sun City (RSA).

L’espoir est permis. L’envoyé spécial d’Obama, Thomas Perriello, est allé à la rencontre de Tshisekedi avant de s’envoler pour son pays. Est-ce que le « Rassemblement » pourrait se rétracter ? Difficile à prédire. Toutefois, rien n’indique que le désaveu du 31 juillet ferme la porte à toute forme de compromis. Il existe encore des passerelles qu’on peut emprunter de part et d’autre pour relancer la machine du dialogue.

Honni par l’Opposition, adulé par la MP, Edem Kodjo doit sauver ce qui peut encore l’être : son mandat. Cela en se débarrassant de lourds fardeaux qui plombent sa mission.

[lePotentiel]

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