dimanche , 17 décembre 2017
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"Joseph KABILA" lors de son arrivée a Kigali, Juillet 2016.
"Joseph KABILA" lors de son arrivée a Kigali, Juillet 2016.

RDC, la aveuglement de « Joseph KABILA »

Quand on apprend que Joseph Kabila achète des armes et des munitions pour imposer son auto-maintien au sommet de l’Etat congolais au-delà de son deuxième et dernier mandat, on ne peut que se féliciter de son aveuglement tant il n’aura tiré aucune leçon de l’histoire politique de l’humanité. Car, bien avant lui et mieux que lui, des dictateurs ont fait montre d’audace et d’ingéniosité pour assurer leur défense dans le secret espoir de s’éterniser au pouvoir. Mais pour quel résultat ?

En Roumanie, le Conductor, surnom de Nicolae Ceausescu, avait construit un vaste réseau souterrain dans la capitale Bucarest, véritable ville parallèle, pour mieux assurer sa défense. Il y avait même emménagé un bunker personnel où il y avait en permanence de quoi tenir un siège de plusieurs mois. Mais face à l’ouragan de l’histoire, rien de tout cela ne lui a été d’une quelconque utilité. La ville parallèle a servi de refuge pendant quelques malheureuses heures à la Securitate, la police secrète du régime, après la chute du dictateur le 25 décembre 1989. Quant à ce dernier et son éminence grise d’épouse, ils avaient fui la capitale à bord d’un hélicoptère sans plan de vol pendant que les premiers insurgés gagnaient le toit de leur résidence. Répondant au nom de code de “l’oiseau”, leur hélicoptère se posa d’abord à Snagov, à 40 km au nord de Bucarest, repartit ensuite vers Targoviste et atterrit enfin à Salcuta, dans un champ. Ils furent alors pris en chasse par des paysans et trouvèrent leur salut en contraignant un automobiliste à les conduire. Après avoir changé de voiture, ils tombèrent dans les bras de la milice qui avait pour ordre de les arrêter. C’était la fin de la cavale. On connait la suite : retour à Targoviste, jugement et exécution sommaire du couple.

Mouammar Kadhafi, dit le Guide de la révolution de la Jamahiriya libyenne, fut un autre dictateur qui trouva la mort là où il se serait attendu le moins, tant il s’était bien entouré de dispositifs sécuritaires pour également s’éterniser au pouvoir. Si les circonstances exactes dans lesquelles il fut capturé, désarmé, torturé puis mis à mort à Syrte le 20 octobre 2011 par des soldats du Conseil National de Transition restent toujours confuses, on sait par contre que comme Ceausescu, il fut en cavale avec quelques proches. Et comme Ceausescu, cela ne lui aura servi à rien d’avoir construit sa résidence principale et caserne fortifiée de Bab al-Azizia comme une ville souterraine, vaste complexe de 6 km² où résidaient également les membres de sa famille élargie et ses proches conseillers. Et dire que dans cette casemate sophistiquée de trois ceintures de béton gardée par les meilleures troupes du pays, l’un de nombreux tunnels conduisait à l’aéroport de Tripoli.

Plus près de nous, un petit dictateur de la même envergure que Joseph Kabila, le Centrafricain Francois Bozize qui caressait également le rêve d’un troisième mandat interdit par la Constitution, avait acheté des armes et des munitions par containers entiers ainsi que deux hélicoptères de combat pour faire face à la vague de la coalition rebelle Seleka. Mieux, il s’était assuré le soutien des soldats sud-africains dans un cadre semi-officiel, semi maffieux. Mais rien de tout cela ne sauvera son pouvoir. L’un des hélicoptères arrivé en panne ne fonctionnera même pas un seul jour. Craignant que les armes et munitions achetées ne se retournent contre lui une fois entre les mains des soldats des forces armées centrafricaines, il cacha les containers dans la forêt de son village natal dans l’espoir de les utiliser lors d’un possible repli stratégique qui ne verra jamais le jour, les containers étant par ailleurs récupérés par la coalition Seleka. Quant au coup de main des soldats sud-africains, il ne servira que de baroud d’honneur. Dans sa fuite précipitée, Bozize n’aura même pas le temps d’emporter tous les billets de banque qui avaient effectué un petit voyage de la Banque centrale à la résidence présidentielle.

On pourrait multiplier les exemples à souhait pour démontrer qu’aucun dispositif sécuritaire mis en place par un dictateur n’arrête la marche de l’histoire. Certes, les armes et les munitions qu’amasse aujourd’hui un Joseph Kabila aux abois pourraient faucher quelques Congolais de plus. Mais elles ne sauraient contrecarrer la marche de l’histoire telle que manifestée par la détermination du peuple et surtout de la communauté internationale qui a désormais le despote congolais dans son viseur.

Il est naturel de se réjouir de l’aveuglement de Joseph Kabila et de la perspective que les armes et munitions qu’il accumule aujourd’hui se retournent demain contre lui si jamais il persistait dans sa folie consistant à rester au pouvoir au-delà de son deuxième et dernier mandat. Mais à force de focaliser l’attention sur une telle issue heureuse, généralement et faussement appelée libération, on en vient à oublier l’aveuglement du peuple ou, mieux, de ses élites. Car, l’histoire l’a suffisamment démontré et celle du Congo de manière fort éloquente, quand un dictateur africain tombe, c’est que la nation est déjà enceinte d’un autre despote qui n’attend que de voir le jour. Pourquoi ? Parce que les élites restent aveugles aux mécanismes qui fabriquent les dictateurs. Et c’est bien là le plus grand drame du Congo et de l’Afrique.

[Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo]

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