dimanche , 17 décembre 2017
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RDC : La chine offre des armes à des groupes armés

« Une entreprise minière chinoise qui exporte sa marchandise vers Dubaï a offert d’armes AK-47 à des groupes armés pour pouvoir accéder aux ressources aurifères », a dénoncé Global Witness,  dans un rapport publié mardi 05 juillet 2016 à Londres (Royaume-Uni).

Si l’on en croit au rapport de Global Witness (GW)intitulé « La rivière d’or », une ruée vers l’or se porterait très bien dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette Ong britannique affirme que des groupes armésdu territoire de Shabunda (Sud-Kivu), dans l’est du pays, « se sont vu offrir des armes et de l’argent par une entreprise minière chinoise et ont dégagé jusqu’à 25 000 dollars par mois, en extorquant des mineurs locaux lors de la récente ruée vers l’or qu’a connue cette région pendant deux années ».

Rien qu’en l’espace d’un an, révèle GW, de l’or d’une valeur pouvant atteindre les « 17 millions de dollars, produit par l’entreprise chinoise Kun Hou Mining, s’est volatilisé, ayant probablement quitté le Congo en contrebande pour gagner les chaînes d’approvisionnement internationales ».

Cependant, parallèlement à ce phénomène,l’Etat congolais est passé à côté d’une manne fiscale, « du fait de la contrebande et du comportement répréhensible des autorités provinciales », affirme l’ong. Global Witness précise que Kinshasa n’a pas perçu les recettes fiscales qu’il aurait dû dégager des « 38 millions de dollars d’or artisanal produit chaque année pendant cette période de ruée vers l’or le long de la rivière Ulindi ».

Complicités

En outre, d’après des éléments réunis par Global Witness, une autorité provinciale s’est entendue avec des groupes armés pour taxer les mineurs de manière illégale, tandis qu’une autre a modifié des documents d’exportation officiels pour donner l’impression que l’or provenait de mines opérant dans la légalité.L’enquête de Global Witness révèle l’ampleur des problèmes qui affectent le secteur aurifère artisanal dans l’est du Congo. Cette région a connu une hausse de la production d’or ces dernières années, et les recettes auraient pu servir à combattre l’extrême pauvreté qui y sévit ; au lieu de cela, elles ont souvent financé des groupes armés et des fonctionnaires corrompus.

La plupart des mineurs artisanaux de l’est du Congo (environ 80 %) travaillent dans le secteur aurifère. Des réformes internationales ont cherché à endiguer le financement des groupes armés par les richesses minières congolaises. Global Witness prévient aujourd’hui que si l’on veut que ces réformes aboutissent, il est impératif que le gouvernement congolais réclame des comptes aux entreprises et aux agents du gouvernement impliqués dans ce type d’abus.

« Des groupes armés connus sous le nom de Raïa Mutomboki se sont vu remettre au moins deux fusils d’assaut AK-47 et 4 000 dollars en espèces par la Kun Hou Mining, laquelle opère des dragues mécanisées sur la rivière Ulindi, en territoire de Shabunda, dans la province du Sud-Kivu », dénonce GW. Par ailleurs, les hommes armés ont taxé des mineurs artisanaux qui travaillaient sur des dragues de fabrication locale pour extraire l’or le long de la rivière. « Les autorités locales ont aussi collaboré avec les Raïa Mutomboki, s’accordant sur le partage des recettes fiscales », selon l’Ong.

Evasions fiscales

Mais, les taxes perçues par les autorités se seraient volatilisées, privant ainsi le pays de revenus indispensables qui auraient pu être investis dans les secteurs de la santé et de l’éducation.« Plus de 500 cas de malnutrition ont été signalés dans la ville de Shabunda en 2014 ; pourtant, les recettes considérables générées par cette ruée vers l’or ont bénéficié non pas à la population congolaise, mais à des hommes armés et à des entreprises prédatrices », a déclaré Sophia Pickles, responsable de campagne à Global Witness.

« Il faut que le gouvernement congolais applique ses propres lois pour veiller à ce que les entreprises dans son secteur aurifère ne produisent ou ne vendent pas d’or qui a servi à financer des groupes armés. Toute entreprise qui enfreint ces lois doit être tenue de rendre compte de ses actes. Les autorités minières provinciales qui ne gèrent pas correctement le secteur des minerais doivent elles aussi être tenues responsables. », a souhaitéSophia Pickles.

Les enquêtes de GW indiquent que de l’or de Kun Hou d’une valeur de près d’ « un demi-million de dollars a été exporté vers une entreprise à Dubaï par les voies officielles ». « Il est probable que le reste de la production d’or de la société, estimé à 17 millions de dollars, ait été exporté clandestinement », a ajouté le rapport de l’Ong britannique.

Faux et usage de faux

Les éléments mis à jour par Global Witness montrent qu’à Bukavu, capitale de la province, des autorités minières auraient délibérément falsifié des documents pour dissimuler tout lien avec Shabunda. Ils ont ainsi modifié l’origine de l’or sur les documents d’exportation officiels, indiquant qu’il provenait des quelques mines artisanales du Sud-Kivu opérant légalement. Ce même phénomène a été constaté pour d’autres mines de la province. Les acheteurs internationaux ont donc grand mal à s’assurer que cet or n’a pas financé des groupes armés.

« Du fait de leurs actions ces deux dernières années, les autorités provinciales chargées de superviser la ruée que connaît actuellement Shabunda ont directement porté atteinte aux efforts internationaux ainsi qu’à ceux du gouvernement national visant à réformer le commerce de l’or artisanal de l’est du Congo », a commenté Sophie Pickles. « Il incombe aux États de s’assurer que les entreprises ne causent aucun préjudice, y compris en vérifiant que les chaînes d’approvisionnement n’ont aucun lien avec le conflit et les violations des droits de l’homme ; la RDC et les Émirats Arabes Unis ont failli à leurs responsabilités à cet égard. », a-t-elle conclut.

Par ailleurs, le rapport de Global Witness, montre également que, le gouvernement provincial et les autorités minières du Sud-Kivu ont continué de soutenir la Kun Hou Mining. Ce, malgré les multiples infractions à la loi perpétrées par cette société et les nombreuses demandes que lui a adressées le gouvernement national congolais à Kinshasa pour qu’elle cesse ses activités.

Taxes illégales

Global Witness fait remarquer que des responsables des autorités minières de la ville de Shabunda qui travaillent pour le SAESSCAM, un organe gouvernemental chargé d’assister les mineurs artisanaux, se sont livrés à du racket en prélevant des taxes illégales dans des zones où fonctionnaient des dragues de fabrication locale, y compris en collaboration avec les groupes armés Raïa Mutomboki.Le SAESSCAM a catégoriquement nié l’existence d’une collaboration entre ses agents et des groupes armés.

De l’or extrait pendant le boom de Shabunda a été vendu à un comptoir d’achat d’or à Bukavu, qui l’a ensuite revendu à son entreprise sœur, Alfa Gold Corp DMCC, à Dubaï. Et aucune de ces deux sociétés n’a exercé un devoir de diligence sur sa chaîne d’approvisionnement conformément aux normes internationales, lequel aurait révélé que cet or avait été obtenu en violation directe des législations de la RDC et des EAU.

Alfa Gold Corp DMCC détient une filiale britannique à 100 % enregistrée à Hatton Garden, le quartier londonien des joailliers. À Dubaï comme à Londres, Alfa Gold n’a pas répondu aux courriers l’invitant à donner son avis sur le sujet.Des documents indiquent qu’un ressortissant français, Franck Menard, qui travaillait pour la Kun Hou Mining, est étroitement impliqué dans les actes répréhensibles perpétrés par la société.

Des groupes armés Raïa Mutomboki ont adressé un courrier à Menard, en février 2015, pour le remercier des deux fusils d’assaut AK-47 et des 4 000 dollars qui leur avaient été offerts. Menard a également signé un document officiel confirmant la vente d’or de la Kun Hou au bureau congolais d’Alfa Gold. Ces dernières années, d’importants efforts ont été déployés à l’échelle internationale pour éradiquer les liens entre les conflits violents, les atteintes aux droits de l’homme et le commerce de minerais au Congo et ailleurs, notamment à travers la publication, il y a cinq ans, par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) d’une norme internationale relative aux chaînes d’approvisionnement, qui constitue une obligation légale en RDC depuis 2012.

Les États-Unis ont également adopté une loi et, dernièrement, la Chine a convenu de directives relatives aux chaînes d’approvisionnement industrielles qui s’appuient sur la norme de l’OCDE. Les directives chinoises ont établi un précédent pour les entreprises chinoises, qui doivent reconnaître et réduire les risques liés à leurs chaînes d’approvisionnement. Si elles sont appliquées, ces directives devraient permettre aux entreprises qui achètent des minerais provenant de régions à haut risque de le faire de manière responsable.

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