samedi , 16 décembre 2017
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Sasha Lezhnev - Associate Director of Policy at the Enough Project
Sasha Lezhnev - Associate Director of Policy at the Enough Project

Général KANYAMA : Responsable de violations graves des droits de l’homme en RDC

« Les sanctions contre monsieur Kanyama sont un signe politique fort qui montre que les Etats-Unis veulent que la Constitution congolaise soit respectée et que des avancées concrètes vers une transition démocratique aient lieu en RDC ». Selon Sasha Lezhnev, d’autres proches du président pourraient être la cible de sanctions si le gouvernement ne prend pas des mesures pour organiser les élections dans les délais. « Le but n’est pas de punir, mais véritablement d’encourager les autorités congolaises à prendre des mesures concrètes pour la démocratisation du pays. Monsieur Kanyama a été le premier sanctionné, car il est responsable de violations graves des droits de l’homme à l’égard de manifestants pro-démocratie et d’étudiants à Kinshasa. Mais si le gouvernement ne prend pas des mesures concrètes pour organiser les élections dans le respect des délais constitutionnels, beaucoup d’autres proches du président Kabila pourraient être la cible de sanctions à l’avenir ».

En République démocratique du Congo (RDC), le général Célestin Kanyama, chef de la police à Kinshasa, accusé d’être impliqué dans des violences contre des civils, a vu ses avoirs gelés aux Etats-Unis. Selon le Trésor américain, le régime du président Joseph Kabila s’est engagé dans un schéma de répression à l’approche de la fin du mandat du président, et ce pour éviter d’organiser les élections. L’Union européenne prône le dialogue plutôt que les sanctions.

La RDC a été sanctionnée par les Etats-Unis à travers le général Célestin Kanyama. Ses avoirs sont désormais gelés aux Etats-Unis et les entreprises américaines n’ont plus le droit de faire des affaires avec lui. Le Trésor américain s’inquiète de la tendance du régime à accentuer la répression et, toujours selon lui, à réduire l’espace de liberté politique. Plusieurs rassemblements et meetings ont notamment été interdits.

Joint par RFI, Sasha Lezhnev, directeur associé à « Enough Project », un groupe de recherche sur les zones conflictuelles en Afrique Centrale, ce coup de semonce des Etats-Unis est une bonne chose. « Les sanctions contre monsieur Kanyama sont un signe politique fort qui montre que les Etats-Unis veulent que la Constitution congolaise soit respectée et que des avancées concrètes vers une transition démocratique aient lieu en RDC », a-t-il déclaré avant d’ajouter que ces sanctions pourraient avoir des répercussions concrètes. Indépendamment des biens que le général Célestin Kanyama pourrait avoir aux Etats-Unis « des membres du gouvernement Kabila s’y rendent et y font des affaires. L’économie congolaise repose surtout sur le dollar », a-t-il précisé.

Selon Sasha Lezhnev, d’autres proches du président pourraient être la cible de sanctions si le gouvernement ne prend pas des mesures pour organiser les élections dans les délais. « Le but n’est pas de punir, mais véritablement d’encourager les autorités congolaises à prendre des mesures concrètes pour la démocratisation du pays. Monsieur Kanyama a été le premier sanctionné, car il est responsable de violations graves des droits de l’homme à l’égard de manifestants pro-démocratie et d’étudiants à Kinshasa. Mais si le gouvernement ne prend pas des mesures concrètes pour organiser les élections dans le respect des délais constitutionnels, beaucoup d’autres proches du président Kabila pourraient être la cible de sanctions à l’avenir », a expliqué Sasha Lezhnev, directeur associé à « Enough Project ». Pour le gouvernement de la RDC, cette décision est grave, car elle relève « d’une tentative de substitution de la souveraineté du pays », selon Lambert Mendé, porte-parole du gouvernement congolais.

Attitude modérée de l’Union européenne

Si Célestin Kanyama a vu ses avoirs gelés par Washington pour des violences contre des civils, du côté de l’Union européenne on se borne à des résolutions telles que le récent appel du Parlement européen à mettre fin aux massacres à Béni, dans l’est de la RDC.

Jointe par RFI, Maria Arena, eurodéputée et membre de l’Assemblée interparlementaire Union européenne / Afrique, les Européens veulent privilégier le dialogue avec Kinshasa. « Aujourd’hui, l’Europe tente toujours d’être un partenaire du dialogue et essaie donc de mettre, autour de la table, les interlocuteurs par rapport à l’organisation de ces élections. Si cette voie du dialogue reste fermée indéfiniment, alors la question des sanctions devra être mise sur la table. Au Parlement européen, nous avons donc évoqué la question des sanctions. La réponse qui nous est donnée, par le service d’action extérieure et par le Conseil, est : nous tentons encore de mettre autour de la table les différents interlocuteurs parce que nous pensons que c’est par le dialogue qu’on pourra y arriver », a-t-elle informé.

L’eurodéputée Maria Arena souligne néanmoins qu’il faudrait agir avant qu’il ne soit trop tard. « Moi, je dis tout simplement qu’il faut qu’on fasse attention parce que c’est ce qu’on avait essayé de faire avec le Burundi et ça a échoué. Donc, attention de ne pas se réveiller trop tard par rapport à ce qui est en train de se passer aujourd’hui au Congo », avise-t-elle.

[Rfi]

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Pas d’impact sur la RDC

En séjour à Washington où il conduit une mission de plaidoyer, Bernabé Kikaya Bin Karubi revient pour Jeune Afrique sur le gel des avoirs du général Célestin Kanyama, chef de la police à Kinshasa, décidé par les États-Unis. Entretien exclusif avec l’un des principaux conseillers du chef de l’État congolais.

Décidément, la pression internationale sur les autorités congolaises fuse de toutes parts. Alors qu’il se trouvait depuis le 21 juin à Washington pour tenter de dissuader le parlement américain – Sénat et Chambre des représentants – à adopter des sanctions contre les proches du président Joseph Kabila, Bernabé Kikaya Bin Karubi, principal conseiller diplomatique du chef de l’État congolais, n’a rien pu faire pour empêcher la décision prise jeudi par le département du Trésor américain de geler les avoirs du général Célestin Kanyama, chef de la police à Kinshasa, accusé de « violences contre les civils ».

Nous l’avons joint par téléphone ce 24 juin.

Jeune Afrique : Le gel des avoirs du général Kanyama, commissaire provincial de la police à Kinshasa, signe en quelque sorte l’échec de votre plaidoyer auprès des États-Unis…

Kikaya Bin Karubi : Dès mon arrivée à Washington, le 21 juin, les autorités américaines m’avaient déjà fait savoir qu’il s’agissait d’une décision du président Barack Obama lui-même. Un executive order qui n’était pas soumis à l’appréciation de la Chambre des représentants ni du Sénat. Sanctionner un officier congolais est une décision malheureuse de la part des États-Unis.

En vérité, pour les États-Unis, sanctionner le général Kanyama n’est qu’une décision symbolique. D’autant que ce commandant de la police dans la ville de Kinshasa – d’après lui-même – ne dispose pas d’avoirs aux États-Unis, ni d’ailleurs en Europe. Il ne lui y est par ailleurs pas demandé de voyager aux États-Unis ou en Europe dans l’exercice de ses fonctions.

Ne pouvant plus traiter avec les partenaires internationaux, ne craignez-vous pas que le chef de police dans la capitale congolaise ne soit considéré comme un paria de la communauté internationale ?

Le rôle d’un commandant de la police de Kinshasa est de veiller à la sécurité des habitants de la capitale. La RD Congo ne voit pas l’impact qu’auront ces mesures et regrette toutefois cette ingérence des États-unis dans le domaine de maintien de l’ordre public à Kinshasa.

Comment le président Joseph Kabila a-t-il reçu cette sanction ?

La présidence de la RD Congo considère que c’est une décision malheureuse de la part des États-Unis qui sont pourtant un de nos importants partenaires. Comme la réciprocité constitue le principe premier en relations internationales, nous étudions déjà comment nous allons réagir…

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Célestin Kanyama, confessions d’un « Esprit de mort »

Une rupture de relations diplomatiques avec les États-Unis est-elle envisageable ?

Nous n’en sommes pas encore là. Nos relations avec les États-Unis sont évidemment très importantes. Nous ne pouvons pas les suspendre complètement à cause de cet incident. Toujours est-il que nous devons réfléchir afin qu’une pareille situation ne se reproduise plus dans nos rapports bilatéraux.

L’Union européenne et le Conseil de sécurité menacent par ailleurs de sanctionner les personnalités congolaises qui entravent le processus démocratique. Que va faire Kinshasa pour rassurer ses partenaires internationaux ?

Nous sommes surpris en effet de voir que le Parlement européen et le Conseil de sécurité ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre la situation telle qu’elle se présente en RD Congo. Prenons la problématique du respect du délai constitutionnel [la Constitution congolaise voudrait que le corps électoral soit convoqué 90 jours avant le 19 décembre, date de la fin du second mandat de Joseph Kabila, ndrl]. La Cour constitutionnelle, seule institution habilitée à interpréter notre Constitution, a déjà réglé la question. Idem pour la question de l’organisation des élections dans les délais. Des experts des Nations unies se sont rendus en RD Congo pour examiner la situation et ont conclu qu’il était impossible d’organiser la présidentielle d’ici le 27 novembre 2016 [échéance prévue dans le calendrier global des scrutins].

Par ailleurs, des experts de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) ont audité l’actuel fichier électoral congolais et ont estimé qu’il était impossible d’organiser des élections crédibles sur base dudit fichier.

Après toutes ces conclusions d’experts onusiens et de l’OIF, l’UE et le Conseil de sécurité font la sourde oreille. Ce qui nous pousse à conclure qu’il y a un acharnement contre le président Kabila et la population congolaise. C’est inacceptable !

En attendant, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté, le 23 juin, la résolution 2293 qui insiste de nouveau sur le dialogue politique inclusif et la tenue de la présidentielle et des législatives en novembre 2016. Cette résolution s’inquiète aussi du « rétrécissement de l’espace politique dans le pays » et de l’arrestation d’opposants…

Depuis bientôt un an, le président Kabila appelle au dialogue, mais des opposants n’en veulent pas. Entre-temps, la RD Congo doit continuer de fonctionner et quiconque a des problèmes avec la justice doit répondre de ses actes.

Que répondez-vous par exemple à ceux qui voient la main du pouvoir dans les deux affaires judiciaires enclenchées contre l’opposant Moïse Katumbi, candidat déclaré à la présidentielle ?

Il n’y a aucun acharnement du pouvoir à l’encontre de Katumbi. Moïse Katumbi a des problèmes avec la justice. Un Américain qui travaillait illégalement dans le pays a été arrêté et entendu par la justice. C’est lui qui a dit que Moïse Katumbi l’avait invité en RD Congo. C’est dans ce sens que l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga a été à son tour entendu. Il y a plusieurs dossiers judiciaires dans lesquels M. Katumbi est cité. Il n’y a aucun acharnement du pouvoir à son encontre.

Que dire de ces jeunes militants de Filimbi et de la Lucha contraints à l’exil ou détenus dans les prisons congolaises ?

La justice détient des enregistrements sur lesquels on entend certains dire : « Allez chercher les gens de Kabila et tuez-les ! Brûlez leurs voitures. Vous savez aussi où leurs enfants vont à l’école. » Il faut savoir distinguer un prisonnier politique d’un politique en prison.

Dans ces conditions, comment décrisper le climat politique pour amener le pays vers des élections apaisées ?

Pour nous, il n’existe qu’une seule voie : le consensus. C’est ce que le président Kabila recherche dans le dialogue qu’il a convoqué. Les Congolais doivent se mettre ensemble et s’entendre sur le système électoral et sur l’avenir de notre pays. D’autant que les élections de 2006 et de 2011 avaient conduit à des violences. Tout Congolais qui a une fibre nationaliste doit donc venir au dialogue et arrêter d’appeler à des manifestations à des fins politiques. Car soulever la rue à Kinshasa, on sait quand ça commence mais on ne sait pas quand ça se termine.

[Jeune Afriqe]

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