samedi , 16 décembre 2017
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Les cercueils des victimes des Massacres de Beni, Est de la RDC
Les cercueils des victimes des Massacres de Beni, Est de la RDC

Massacres de beni : Vers l’identification des vrais responsables

À propos des crimes contre l’humanité (massacres) commis sur le territoire de Beni (Nord-Kivu), dans une lettre ouverte adressée au chef de l’Etat, Joseph Kabila, la Société civile de Beni, Butembo et Lubero a présenté une série de données qui démontrent le caractère extrêmement dramatique de la situation:

  • Plus de 1116 personnes tuées sauvagement entre octobre 2014 et mai 2016, soit une moyenne de 60 personnes tuées par mois, ou encore une moyenne de 2 personnes tuées par jour;
  • Plus de 1470 personnes enlevées et portées disparues;
  • Plus de 1750 maisons incendiées avec, parfois, des personnes et biens calcinés;
  • Au moins 13 Centres de Santé incendiés parfois avec des malades et du personnel soignant à l’intérieur;
  • Plus de 27 écoles détruites, d’autres abandonnées, d’autres encore occupées soit par des déplacés, soit par des dépendants des militaires, soit par des groupes armés;
  • Plus de 34.297 ménages en déplacement forcé et dispersés ;
  • Des pillages systématiques des ressources naturelles et destructions des biens de la population.

Faute d’une enquête approfondie, il est difficile d’identifier les auteurs et les instigateurs de ces crimes, car chaque jour qui passe il y a des nouveaux détails qui apparaissent. Cependant, la gravité et l’intensité de ces crimes suggèrent l’existence d’une leur planification.

Populations autochtones et déplacés: une cohabitation difficile

Au Nord Kivu, sept camps de déplacés ont été fermés par la force depuis le début de l’année et pour six d’entre eux au moins, c’est toujours la même accusation qui revient. Les populations locales accusent ces déplacés d’être complices des FDLR, les rebelles hutus rwandais.

Les autorités locales affirment que, «dans ces camps, il y a des armes qui ont été découvertes», assurant que parmi les déplacés hutus congolais i y aurait aussi des réfugiés hutus rwandais et des dépendants des FDLR. Dans ces camps créés pour accueillir des déplacés congolais, il y aurait donc non seulement des Hutu congolais, mais aussi des Hutu rwandais. Cette situation a créé une multitude de soupçons et de conflits.

Ce qui paraît inquiétant, c’est le fait que chaque groupe assimile les civils d’expression proche du camp adverse comme étant des ennemis. Si les populations locales, Nande et Hunde,  assimilent les civils hutu aux FDLR, les Hutu à leur tour assimilent les Nande et Hunde aux groupes armés May-May. En outre, Nande et Hunde se considèrent comme les populations autochtones et voient de manière générale les Hutu, rwandophones, comme des « étrangers », des « Rwandais ».

Déplacements collectifs et suspects de populations

– La Société civile dénonce «des déplacements collectifs et suspects des populations mono-ethniques et monolingues d’origine indéterminée avec une intention à peine voilée d’occupation des terres et de balkanisation». Elle craint donc que la population de Beni et de Lubero ne soit vouée à la disparition et que cette partie du territoire congolais ne soit occupée par une population aux origines inconnues, ouvrant ainsi la porte à la balkanisation effective.

– Les Évêques de la Province ecclésiastique de Bukavu  ont évoqué «des problèmes d’aliénation de terres communautaires, soit par occupation anarchique, soit par des contrats léonins et opaques avec des grandes entreprises d’agrobusiness, de la part des représentants de l’État, soit par la création d’aires protégées, unilatéralement décidée et privant les populations locales d’espace vital et cela sans contrepartie». Selon les Évêques, «les populations qui habitent les territoires insécurisés en sont à se demander si le calvaire qu’elles vivent n’obéit pas à une logique et à une idéologie de dépeuplement et repeuplement dans une dynamique sournoise de balkanisation».

– La Nouvelle Initiative pour le Congo, une plateforme de l’opposition, a parlé d’une «menace d’occupation des terres». Selon cette plateforma politique, «le problème du Kivu, c’est qu’on veut faire peur à la population […] pour qu’elle quitte [ses terres] et que d’autres viennent les occuper. Aujourd’hui, en Ituri, il y a des populations qui arrivent et nos frères de l’Ituri ne savent pas d’où elles viennent». Elle aussi évoque «des mouvements des populations qui partent de pays voisins vers notre pays … avec l’intention d’occuper le Kivu».

– Un député provincial du Nord Kivu, originaire de Béni, a parlé de «populations « inconnues » qui se déplacent vers la province de l’Ituri en transitant par le territoire de Beni, où se perpètrent des massacres attribués aux rebelles ougandais ADF-Nalu». Tout ceci permet d’entrevoir une possible implication de ces populations en déplacement aux massacres officiellement attribués aux rebelles ougandais des ADF-Nalu.

– Dans ce contexte, ces populations « non identifiées » qui se déplacent pourraient être composées par des réfugiés hutu rwandais et des déplacés hutu congolais qui, après la fermeture des camps, se retrouvent sans assistance et sans terre à cultiver et, donc, obligées à «migrer» ailleurs, à la recherche de terres arables. Le site benilubero.com parle aussi de réfugiés rwandais qui avaient fui vers la Tanzanie en 1994, avaient été expulsé il y a quelques années par l’ancien président tanzanien Kikwete, étaient rentrés au Rwanda et maintenant, faute de place dans leur pays, sont renvoyés vers la RDCongo par le président Paul Kagame.

Qui pourraient être les responsable des massacres de Beni?

Parmi ces populations en déplacement, il pourrait y avoir des infiltrés provenant de certains groupes armés (FDLR, Maï-Maï Nyatura, …) qui pourraient être impliqués dans les massacres de Beni.

C’est dans ce sens que le site benilubero.com souligne que, s’il est vrai que certains résidus des ADF sont toujours actifs dans la région de Rwenzori, cependant, les principaux auteurs des massacres commis à Beni pourraient être l’œuvre de «infiltrés rwandais» qui opèrent avec la complicité de certains officiers de l’armée congolaise provenant de l’ex Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP). Ces infiltrés collaboreraient aussi avec des anciens officiers déserteurs de l’armée congolaise ayant intégré l’ex-Mouvement 23 mars (M23). Le CNDP et le M23 étaient deux groupes armés créés et appuyés par le régime rwandais.

Dans son dernier rapport, le groupe des experts de l’Onu aussi a mis en cause des membres de l’armée congolaise pour leur implication dans les tueries de Beni, en soutenant les responsables des massacres. Pour ce comité d’experts, «des officiers des FARDC (les forces armées de la RDCongo) ont été impliqués dans le recrutement, l’armement  et le financement de groupes impliqués dans les tueries de civils».

La poursuite d’un plan d’occupation et de balkanisation

Si cette lecture des faits s’avérait conforme à la réalité, on pourrait parler de la poursuite du plan d’occupation de  l’est de la RDCongo par le régime rwandais, avec la complicité du pouvoir congolais.

  • L’objectif du plan: contraindre les populations autochtones (Nande, Hunde, Nyanga, …) de l’est de la RDC à la fuite, pour les remplacer par des populations hutu provenant du Rwanda.
  • Les orchestrateurs: les plus hautes autorités politiques et militaires du Rwanda et de la RDC.
  • Les responsables de la mise en œuvre: des officiers ex CNDP de l’armée congolaise et des anciens membres de l’ex-M23.
  • Les exécutants matériels: des miliciens des FDLR et leurs alliés (Nyatura, … ).
  • Les collaborateurs: les réfugiés hutu rwandais et les déplacés hutu congolais.

À remarquer: le CNDP et le M23 étaient deux groupes armés majoritairement tutsi. les FDLR et les Nyatura sont à prédominance hutue. Bien que souvent en conflit entre eux, certains Tutsi et Hutu participent, à différents niveaux,  à ce plan d’occupation. À ce propos, le site benilubero.com note: «Les flux des Hutu rwandais versés sur le territoire congolais devront servir de marchepied pour la réalisation du plan arrêté par Kagame et Kabila pour l’extermination des autochtones d’une part, et pour l’expansion de l’hégémonie rwandaise d’autre part. Ces Hutu sont des «instruments» inconscients voués à être sacrifiée au même pied d’égalité que les congolais qu’ils viennent massacrer».

La Société civile du Nord Kivu recommande

Au Gouvernement Central de:

  1. relever tous les militaires des Unités issues de l’intégration de certains mouvements politico-militaires qui ont œuvré au Nord-Kivu depuis 1998, notamment les ex RCD et les ex-CNDP, présentement en action dans les opérations SOKOLA 1 et USALAMA;
  2. accélérer le processus de rapatriement des rebelles rwandais FDLR et de leurs dépendants vers leur pays d’origine;
  3. faire le suivi des éléments ex-M23 se trouvant dans les pays voisins, notamment en Ouganda et au Rwanda;
  4. Compléter l’opération d’identification des réfugiés rwandais, en vue d’une solution définitive de la problématique liée à leur statut.
  5. abandonner le langage de présomption qui évoque régulièrement les « présumés ADF/NALU »  et dire clairement l’identité des tueurs.

Au Gouverneur et au Gouvernement provincial du Nord-Kivu de:

  1. expliquer aux populations locales l’origine et le mobile du déplacement collectif des populations rwandophones et pourvoir à le réglementer.

A la Communauté Internationale de:

  1. diligenter une enquête internationale indépendante, en vue d’identifier les auteurs des massacres et de les juger;
  2. déclarer comme crime de génocide les massacres ciblés des Territoires de Beni et de Lubero;

1. LES MASSACRES DE BENI AU NORD KIVU

a. La Société civile du Nord Kivu contre les massacres de Béni

Le 14 mai, les coordinations de la Société civile de Beni, Butembo et Lubero au Nord-Kivu ont adressé une lettre ouverte au chef de l’Etat Joseph Kabila sur les massacres des civils perpétrés dans cette province. Dans cette lettre, la Société civile a constaté:

  • Plus de 1116 personnes tuées sauvagement entre octobre 2014 et mai 2016, soit une moyenne de 60 personnes tuées par mois, ou encore une moyenne de 2 personnes tuées par jour;
  • Plus de 1470 personnes enlevées et portées disparues;
  • Plus de 1750 maisons incendiées avec, parfois, des personnes et biens calcinés;
  • Au moins 13 Centres de Santé incendiés, parfois avec des malades et du personnel soignant à l’intérieur;
  • Plus de 27 écoles détruites, d’autres abandonnées, d’autres encore occupées soit par des déplacés, soit par des dépendants des militaires, soit par des groupes armés;
  • Plusieurs villages entièrement occupés par les groupes armés;
  • Plusieurs femmes et enfants violés;
  • Plus de 34.297 ménages en déplacement forcé et dispersés;
  • Plusieurs cas d’enfants en état d’abandon scolaire;
  • Des incursions de groupes armés venant de l’étranger sur le sol congolais, entrant par la Chefferie des Bashu, les Secteurs de Rwenzori, de Beni-Mbau en Territoire de BENI, ainsi que par la Chefferie des Batangi, en Territoire de Lubero;
  • Des pillages systématiques des ressources naturelles et destructions des biens de la population;
  • Des déplacements collectifs et suspects des populations mono-ethniques et monolingues d’origine indéterminée avec une intention à peine voilée d’occupation des terres et de balkanisation;
  • La connivence de certains Commandants et Eléments d’Unités FARDC avec les forces négatives et avec certains déserteurs qu’ils sont censés combattre.

La Société civile craint donc que la population de Beni et de Lubero ne soit vouée à la disparition et que cette partie du territoire congolais ne soit occupée par une population aux origines inconnues, ouvrant ainsi la porte à la balkanisation effective.

C’est pourquoi, la Société Civile recommande

Au Président de la République de:

  1. déplacer l’Etat Major Général des Forces Armées de la RDCongo (FARDC) de Kinshasa au Nord-Kivu, en vue de suivre de près la situation;
  2. interdire aux militaires le commerce et l’exploitation des ressources naturelles;
  3. instruire toute la chaine administrative de cesser de culpabiliser les populations locales et d’assumer sa responsabilité, en identifiant et en poursuivant les coupables;

Au Gouvernement Central de:

  1. relever tous les militaires des Unités issues du brassage et du mixage, notamment les ex-CNDP, les ex-M23, et les autres mouvements politico-militaires qui ont œuvré au Nord-Kivu depuis 1998 à nos jours, présentement en action dans les opérations SOKOLA 1 ou USALAMA;
  2. accélérer le processus de rapatriement des rebelles rwandais FDLR et de leurs dépendants vers leur pays d’origine;
  3. faire le suivi des éléments ex-M23 se trouvant dans les pays voisins, notamment en Ouganda et au Rwanda;
  4. abandonner le langage de présomption qui évoque régulièrement les « présumés ADF/NALU »  et dire clairement l’identité des tueurs.

Au Gouverneur et au Gouvernement provincial du Nord-Kivu de:

  1. expliquer aux Forces vives l’origine et le mobile du déplacement collectif des populations rwandophones, d’autant plus que les massacres qu’on déplore correspondent au moment de leur arrivée dans les entités en proie aux tueries.

A la Communauté Internationale de:

  1. diligenter une enquête internationale indépendante, en vue d’identifier les auteurs des massacres et de les juger;
  2. déclarer comme crime de génocide les massacres ciblés des Territoires de Beni et de Lubero;
  3. évaluer les actions de la MONUSCO avec sa Brigade d’Intervention et rendre public le rapport d’évaluation;
  4. mettre sur pied une opération militaire internationale, du genre Artemis, pour mettre fin à ces massacres odieux;
  5. exiger du Rwanda et de l’Ouganda de cesser tout soutien aux Génocidaires opérant en Territoires de Beni et de Lubero et dans les villes de Beni et de Butembo.

Le 18 mai, la Société civile du Nord-Kivu a lancé trois Journées ville morte dans les territoires de Beni, Butembo et Lubero au Nord-Kivu. D’après son communiqué du 16 mai, c’est une façon pour la population de cette province d’honorer la mémoire de plus de mille civils massacrés depuis deux ans dans le grand nord de cette partie Est de la RDC. La société civile du Nord-Kivu appelle aussi les populations des territoires de Beni et Lubero à ne pas payer de taxes ni d’impôts, «tant que la paix ne sera pas rétablie dans cette région». Les responsables de cette structure citoyenne veulent, de cette façon, faire pression au gouvernement pour qu’il rétablisse l’autorité de l’Etat et restaure la sécurité dans ces territoires.

Les 1er et 2 juin, Floribert Anzuluni et Paul Nsapu, membres de la coordination de la plateforme Front citoyen 2016, accompagnés de Carrie Comer, représentante permanente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), se sont rendus à La Haye, pour y rencontrer Fatou Bensouda, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI) et son équipe. Objectif: les sensibiliser sur les tueries à répétition à Beni, dans le nord-est de la RD Congo.

Pour le Front citoyen 2016, «il est aujourd’hui clairement établi qu’il y a une chaîne au sein du haut-commandement militaire de l’armée congolaise qui serait impliquée dans les tueries de Beni», dans le nord-est de la RD Congo. «C’est ce qui explique le silence des institutions judiciaires et politiques congolaises», déplore Floribert Anzuluni, appelant la CPI à se saisir de l’affaire, conformément aux Statuts de Rome. Le coordonnateur du Front Citoyen 2016 rappelle par ailleurs que «le général Mundos, jadis commandant de la zone opérationnelle de Beni, cité à la fois dans le rapport du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) de Jason Stearns et dans des rapports d’experts onusiens, n’est toujours pas inquiété par la justice congolaise».

Le 6 juin, au cours d’une conférence de presse à Kinshasa, Corneille Mulumba, Coordonnateur du Regroupement des Pionniers de l’UDPS, a affirmé que «ce qui se passe à Beni fait partie d’un plan minutieusement préparé, et de longue date. Tout est programmé pour arracher la partie Est de notre pays. Pour comprendre cet acharnement, il faut considérer ce que contient le sous-sol de cette partie du territoire national (pétrole, gaz, coltan et autres métaux rares) dont les réserves sont estimées à plusieurs milliers de milliards de dollars. Ceci explique l’acharnement des multinationales, des grandes puissances et de leurs sous-traitants du Rwanda et de l’Ouganda. La surpopulation de la région n’est qu’un prétexte et le déplacement des populations un moyen de réaliser le projet. Déplacer les populations locales et en installer d’autres venues du Rwanda et de l’Ouganda ; tel est l’objectif».

Selon Pionniers de l’UDPS, «le plan des commanditaires des massacres peut se résumer en ceci:

  1. Déclarer d’abord le Grand Nord « zone neutre » en vue de « protéger » les soi-disant « réfugiés réinstallés », c.-à-d. ces habitants que le gouvernement de la RDC n’est pas capables de sécuriser;
  2. Proclamer cette zone « autonome », comme ce fut le cas pour le Kosovo;
  3. Et, enfin, en proclamer l’indépendance.

Pour pouvoir déjouer ce plan machiavélique, le gouvernement congolais doit prendre de toute urgence quelques mesures exceptionnelles ;

  1. Décréter l’état d’urgence sur toute l’étendue du Grand Nord ;
  2. Affecter un nombre suffisant de militaires bien équipés dans chaque village du Grand Nord, et cela jusqu’au lendemain des élections».

b. Le message de l’Assemblée Épiscopale Provinciale de Bukavu (ASSEPB)

Le 29 mai, dans un message publié depuis Kindu, les Évêques de la Province ecclésiastique de Bukavu ont réitéré ce qu’ils avaient écrit l’an dernier: «Chaque jour les tueurs imaginent et mettent en œuvre des pratiques de plus en plus cruelles. Les innombrables groupes armés sont autant des prédateurs qui continuent à se comporter en redoutables ennemis d’un peuple laissé-pour compte. Comme dans une jungle, ces malfaiteurs incendient des villages en toute impunité, provocant le déplacement massif des populations vers les cités où elles sont vouées à la famine et à la misère. Les criminels tuent brutalement avec des machettes, des couteaux et des haches; certaines de leurs victimes ont la gorge tranchée, les bras de nombreux enfants sont mutilés, des femmes enceintes éventrées et des familles entières sont décimées. Ce sont de véritables actes génocidaires, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité».

Les Évêques ont déploré «l’indifférence des pouvoir publics et l’inattention de l’État face aux problèmes d’aliénation de terres communautaires, soit par occupation anarchique, soit par des contrats léonins et opaques avec des grandes entreprises d’agrobusiness, de la part des représentants de l’État, soit par la création d’aires protégées, unilatéralement décidée et privant les populations locales d’espace vital et cela sans contrepartie».

Par ailleurs, selon les Évêques, «face aux incursions de populations armées qui détruisent des communautés congolaises entières, pour occuper leurs terres, l’État ne s’émeut pas. Les plus hautes autorités nationales se taisent devant des massacres à grande échelle, alors que partout ailleurs chez des nations qui se respectent, l’atteinte à la vie même d’un seul citoyen touche la Nation toute entière et mobilise les autorités politiques au plus haut niveau. De même les instances internationales représentées ici par la Monusco gardent silence. Les populations qui habitent les territoires insécurisés en sont à se demander si le calvaire qu’elles vivent n’obéit pas à une logique et à une idéologie de dépeuplement et repeuplement dans une dynamique sournoise de balkanisation».

Enfin, les Évêques demandent à la Communauté Internationale qu’elle «œuvre réellement pour la  stabilité du pays. Il serait temps que la classe politique des grandes Nations de la planète concède à  tous les peuples le droit de vivre libres et en paix comme les leurs. Qu’elle cesse de concocter ou  d’entretenir, par rébellions interposées, des manœuvres  funestes de démembrements et de remembrements de régions entières à leur gré, au prix de sacrifices humains inouïs. Leurs  citoyens  peuvent dormir en  paix, tandis que sans fin des communautés de régions entières sont décimées  ou  condamnées à l’exil par millions, comme dans cette région des Grands Lacs Africains. Que la réforme de l’Onu ne se contente pas de disputes autour du droit de véto, mais se penche également sur les questions des droits fondamentaux des peuples à l’égalité de chances».

c. Les révélations d’un nouveau rapport du Groupe d’experts de l’Onu pour la RDCongo

Le groupe d’experts de l’Onu pour la RDCongo a remis au Conseil de sécurité de l’ONU son dernier rapport, encore non publié.

– Selon les experts onusiens, plusieurs groupes seraient impliqués dans la perpétration des massacres enregistrés à Béni, et notamment «un groupe de locuteurs kinyarwanda qui sont arrivés dans la zone depuis l’Ouganda et le territoire [congolais] du Rutshuru».

Surtout, dans ce rapport, le groupe a mis en cause des membres de l’armée de la République démocratique du Congo (RDC) pour leur implication dans les tueries de Beni, en soutenant les responsables des massacres. Pour ce comité d’experts, «des officiers des FARDC (les forces armées de la République démocratique du Congo) ont été impliqués dans le recrutement et l’armement de groupes impliqués dans les tueries (de civils)».

Selon le rapport, le général de brigade Muhindo Akili Mundos a recruté, financé et armé des membres des ADF, alors qu’il était en charge, entre août 2014 et juin 2015, de l’opération Sukola (« nettoyage » en lingala) menée contre les ADF mêmes.

«Le groupe a connaissance de huit individus qui ont été approchés en 2014 par le général Mundos pour participer aux tueries», écrivent les experts de l’ONU dans leur rapport.

Trois membres des ADF-Mwalika, un groupe dissident des ADF, ont déclaré aux experts qu’avant le début des tueries, Mundos avait convaincu certains membres du groupe d’intégrer de nouvelles recrues. «Selon eux, le général Mundos a financé ce groupe et lui a fourni des armes, des munitions et des uniformes des FARDC… Même s’il n’est pas clairement établi qu’ils connaissaient l’objectif initial, ces trois éléments des ADF-Mwalika ont bien reçu l’ordre de tuer des civils», précise le rapport.

Interrogé, Muhindo Akili Mundos a rejeté les accusations portées contre lui et déclaré que les tueries s’étaient poursuivies après son départ, en juin 2015, de la direction de l’opération. Le nom du même Général était cité parmi les suspects dans le dossier de l’assassinat du feu Colonel Mamadou Ndala Moustapha, un officier des FARDC qui a combattu les M23/RDF et qui a été assassiné dans une embuscade pendant qu’il était en mission pour combattre les ADF dans la même zone militaire.

Le rapport de l’ONU met aussi en cause des liens entre d’autres officiers de l’armée de RDC et les ADF. Par exemple, le colonel Katachandjo Hangi est également accusé d’avoir fourni «des munitions, des uniformes et de la nourriture ainsi que des renseignements sur les positions des FARDC» aux ADF. Selon certains anciens rebelles, des officiers des FARDC font en outre pression pour faire libérer les combattants des ADF lorsqu’ils sont arrêtés.

d. Des étranges mouvements de populations rwandophones vers l’Ituri 

En rapport avec la situation d’insécurité à Beni, la Nouvelle initiative pour le Congo, une plateforme de l’opposition que dirige le sénateur Florentin Mokonda Bonza, dit ne pas croire à l’hypothèse de terrorisme avancée par le Gouvernement. Il en appelle à la mobilisation de tous les Congolais pour faire face à la «menace d’occupation des terres». «Le problème du Kivu, c’est qu’on veut faire peur à la population […] pour qu’elle quitte [ses terres] et que d’autres viennent occuper. Aujourd’hui, en Ituri, il y a des populations qui arrivent et nos frères de l’Ituri ne savent pas d’où elles viennent», déclare Forentin Mokonda Bonza, évoquant «des mouvements des populations qui partent de pays voisins vers notre pays». «On veut occuper le Kivu pour des raisons qui ne sont pas connues officiellement. Mais le problème est sérieux. Il ne faut pas le minimiser. Il ne faut pas le faire passer pour du simple terrorisme. Les Congolais doivent se réveiller et une fois pour toutes. Sinon, nous perdons cette partie», affirme Mokonda Bonza, sans donner plus de précisions.

Le 27 mai, suite à une motion du député provincial Jaribu Muliwavyo, la plénière de l’assemblée provinciale du Nord-Kivu a recommandé au gouverneur Julien Paluku Kahongya la suspension des mouvements de populations de certaines contrées de la province du Nord-Kivu vers le territoire de Beni. L’élu de Beni-territoire a proposé notamment l’identification des populations «inconnues» qui se déplacent vers la province de l’Ituri en transitant par le territoire de Beni, où se perpètrent des massacres attribués aux rebelles ougandais ADF-Nalu. D’après plusieurs sources, ces populations proviendraient surtout des territoires de Walikale et de Masisi dans la partie ouest de la province du Nord-Kivu. Le député Jaribu Muliwavyo parle même de certaines populations qui proviendraient du Rwanda et de l’Ouganda.

Le 28 mai, le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku Kahongya, a décidé de suspendre tous mouvements des populations jugés suspects au Nord-Kivu. «Eu égard à la résolution du comité provincial de sécurité en la matière, je vous demande, toutes affaires cessantes, de prendre toutes les dispositions utiles en vue de suspendre les mouvements suspects des populations dans vos entités respectives», a indiqué l’autorité provinciale dans une note circulaire adressée aux maires des villes, aux administrateurs des territoires, aux bourgmestres des communes et aux chefs des chefferies et secteurs.

e. L’opération « Usalama » contre les ADF

Le 14 mai, les Forces armées de la RDC ont lancé une opération militaire dénommée « Usalama » [sécurité, en Français] contre les miliciens des ADF dans le territoire de Beni, au Nord Kivu.

Selon le lieutenant Mak Hazukay, porte-parole militaire du secteur opérationnel grand Nord et des opérations Sokola 1, cette opération militaire de grande envergure est appuyée par la Monusco.

Elle a pour objectif d’éradiquer totalement les ADF et sécuriser la population du territoire de Beni. Elle est ponctuelle et complète l’opération « Sokola 1 » (nettoyer, en français), déclenchée en janvier 2014 pour traquer les ADF.

Le 18 mai, le porte-parole intérimaire de la Monusco, Charles Bambara, a indiqué que des troupes de la Monusco sont aux côtés des militaires congolais «pour les appuyer dans cette action de reconquête de certaines positions ADF dans cette partie du Grand Nord». Charles Bambara a ajouté que les forces de la Monusco pilonnent des positions des ADF à Beni au Nord-Kivu, avec des hélicoptères d’attaque, pour appuyer l’artillerie des FARDC.

Le 19 mai, le lieutenant Mak Hazukay, porte-parole de Sokola 1, a affirmé que, «après sept jours de combats, les FARDC ont réussi à neutraliser 15 éléments ADF et à capturer deux éléments, dont un enfant de 5 ans». Soulignant que «le combat se déroule en profondeur» et loin des agglomérations pour épargner les civils, il a ajouté que les FARDC ont saisi cinq armes AK-47, deux lance-roquettes, des munitions, et détruit une centaine de cases des rebelles. Le haut-responsable militaire a fait remarquer que 9 militaires aussi de l’armée congolaise ont péri et que 10 autres ont été blessés.

Le 30 mai, vers 13h30, des membres des ADF on tendu une embuscade à 3 enseignants de l’Institut Lughendo d’Eringeti qui revenaient d’Oicha (Chef-lieu du Territoire de Beni). Ces professeurs à bord d’une moto venaient de percevoir leur salaire à la banque (TMB) et étaient sur leur chemin de retour. Au cours de cette incident, deux enseignants sont tombés sur les coups de Terroristes et un s’en tiré grièvement blessé. Ce dernier a été admis à l’hôpital général d’Oicha.

Les FARDC sont intervenues en engageant un combat qui s’est poursuivi jusqu’au soir. Une autre victime civile a été atteinte par les tirs des ADF: il s’agit d’une femme, membre de la famille d’un militaire. Elle a immédiatement succombé sur le champ. Cette embuscade intervient deux jours seulement après des attaques simultanées des positions FARDC par les ADF à Kokola, Opira et Tungudu, attaques repoussées après des violents affrontements avec les forces de l’armée régulière congolaise.

Le 13 juin, les FARDC se sont affrontées aux présumés rebelles ougandais des ADF au sud d’Erengeti, dans le secteur de Beni Mbau, au nord de Beni. C’est vers 6 heures (locales) qu’une patrouille de l’armée serait tombée nez à nez avec des rebelles identifiés aux ADF entre Kokola et Parking. Au cours des combats, six combattants ADF ont été tués et deux autres capturés. Cinq armes AK 47 et des minutions ont été récupérées. Côté FARDC, un soldat a été tué et deux autres blessés grièvement. Selon le porte-parole des opérations Sokola 2, le lieutenant Mak Azukay, les FARDC sont en train de consolider leurs positions dans la région du sud d’Erengeti.

2. LES FORCES DEMOCRATIQUES DE LIBERATION DU RWANDA (FDLR)

a. Les FDLR tuent et pillent

Le 16 mai, le Centre d’études pour la promotion de la paix, la démocratie et les droits de l’homme (CEPADHO) a affirmé que les rebelles rwandais des FDLR tuent, pillent et extorquent les biens des populations des groupements de Mutanda et Kihondo au Nord-Kivu. Plusieurs cas de pillages et d’attaques de maisons par les FDLR sont enregistrés dans les localités de Kikuku et Bwalanda, selon le Cepadho. Dans la nuit du 10 mai, un homme aurait été abattu par ces rebelles, en présence de sa famille. Face à cette menace, certains habitants de la région ne parviennent plus à se rendre au champ.

Le 28 mai, au cours de la nuit, cinq personnes ont été tuées et une autre blessée dans une attaque des rebelles FDLR contre une position de l’armée à Katwa, dans le territoire de Nyirongongo (Nord-Kivu). L’attaque est survenue aux environs de 22 heures. Les affrontements ont duré près d’une heure. Deux militaires et trois de leurs dépendants ont été tués. Un jeune garçon vivant à proximité du camp militaire a été grièvement blessé. Après l’attaque, les rebelles rwandais FDLR auraient emporté 10 chèvres et les biens pillés dans cinq habitations.

Le 30 mai, les miliciens de la coalition Nyatura-APCLS se sont installés à Kahira, en groupement Bashali-Mokoto, après le retrait des FARDC de cette localité située à plus de 100 km au Nord-Ouest de Goma (Nord-Kivu). Pour se mettre à l’abri, de nombreux habitants de la région ont pris la fuite.

Pour la société civile locale, lorsque les militaires attaquent les groupes armés et leurs alliés, ils les délogent des zones occupées, mais ne restent pas longtemps pour consolider ces positions.

Ce qui laisse libre champ aux miliciens et autres groupes armées de revenir et réoccuper les lieux, déplore le président de la société civile de Bashali-Mokoto, Laurent Kamundu.

L’administrateur adjoint du territoire de Masisi (Nord-Kivu), Sukisa Ndayambaje, plaide pour le retour des militaires FARDC dans certaines localités du groupement Bashali-Mokoto que les combattants armés NYATURA, APCLS et FDLR occupent en l’absence des soldats de l’armée loyaliste. Il s’agit des localités de Kirumbu, Mpati, Kibarizo, Kivuye. Selon l’administrateur du territoire adjoint de Masisi, certains habitants ont fui la région. Et ceux qui ont eu le courage de rester subissent déjà les exactions de ces combattants. Ils sont sommés de payer une taxe de 1000 francs congolais (1 dollar américain) par ménage et ne peuvent plus se rendre dans leurs champs.

De son côté, le porte-parole de l’opération Sokola 2, le capitaine Guillaume Djike Kaiko, affirme qu’il n’y a pas retrait des FARDC. Il souligne qu’une partie de militaires positionnés dans le groupement de Bashili-Mokoto, est plutôt allée renforcer une autre position des FARDC à Mwesso et Bukombo. Le capitaine Djike Kaiko assure que ces éléments sont déjà en train de regagner leurs anciennes positions.

Le 9 juin, vers 16h00, à Kyasenda, à 5 km- de Kibirizi, en territoire de Rutshuru, les May-May Mazembe ont tué 1 civil hutu dans son champ, l’assimilant aux FDLR.

Le 10 juin, 3 Nande et 1 Hunde ont été tués par des FDLR dans leurs champs dans la même contrée. C’était au tour de 9h00 locale, lorsque les rebelles rwandais se disaient être en patrouille.

En effet, depuis une semaine, en Chefferie des Bwito (Territoire de Rutshuru) les FDLR s’affrontent contre les May-May de l’Union des Patriotes pour la Défense des Innocents (UPDI), dits May-May Mazembe, venus du Sud-Lubero. Les May-May Mazembe prétendent venir défendre les membres des Communautés Nande et Hunde contre la prise en otage et la barbarie dont ils sont victimes de la part des FDLR en Groupement de Mutanda. Venant des Groupements Tama et Itala  au Sud-Lubero, les May-May viennent d’installer leur position à Kyasenda, dans le Groupement Mutanda, Chefferie de Bwito, en Territoire de Rutshuru. Ce qui suscite des affrontements avec les FDLR qui considèrent cette contrée comme la leur. Ce qui paraît inquiétant, c’est le fait que chaque groupe armé assimile les civils d’expression proche du camp adverse comme étant leurs ennemis. Si les May-May assimilent les civils hutu aux FDLR, les FDLR à leur tour assimilent les Nande et Hunde aux May-May.

Le 18 juin, le Chef de localité de Katwe, en Groupement de Mutanda, en territoire de Rutshuru, a été tué vers 19h00, à son domicile, au Village Kyaghala, par des présumés Nyatura, miliciens hutu proches des FDLR. Étant ce chef de localité un Hunde, son assassinat risque d’exacerber la tension entre Communautés Hutu et Hunde dans cette entité.

Le 19 juin, 6 civils ont été kidnappés en territoire de Rutshuru. Les 6 civils étaient à bord d’un véhicule de marque FUSO en provenance de Kibirizi pour Butembo. Il s’agit entre autre du Patron du véhicule, son Chauffeur et aide chauffeur ainsi que 3 Passagers à bord. Leur véhicule a été intercepté par les ravisseurs sur le tronçon Kibirizi-Rwindi, en Groupement Mutanda dans la Chefferie des Bwito. Les auteurs de ce kidnapping sont des rebelles rwandais FDLR. Ils seraient entrain de fuir la contrée de Kyasenda pour leur base de Kahumiro. Quant aux personnes kidnappés, tous sont membres de la communauté NANDE que les FDLR assimilent aux May-May.

b. Tension à Buleusa

Au Nord Kivu, sept camps de déplacés ont été fermés par la force depuis le début de l’année et pour six d’entre eux au moins, c’est toujours la même accusation qui revient. Les populations locales accusent ces déplacés d’être complices des FDLR, les rebelles hutus rwandais. Pour l’un des leaders de la communauté hutue congolaise au Nord Kivu, cette assimilation hutu – FDLR est dangereuse et infondée. Mais les autorités locales rétorquent que, «dans ces camps, il y a des armes qui sont découvertes et c’est incontestable», assurant qu’une partie de ces déplacés hutus congolais seraient des dépendants des FDLR et donc des hutus rwandais et non congolais.

Des dizaines de familles arrivent chaque jour depuis le mois d’avril dernier à Buleusa, localité à cheval entre le territoire de Walikale et le sud du territoire de Lubero (Nord-Kivu). Selon les autorités coutumières locales, ces déplacés partent de Rutshuru et des localités de Mwesso, Kashuga, Kitshanga, Kalembe en territoire de Masisi. Mais l’administrateur assistant de Walikale indique que, d’après les informations en sa possession, ces personnes viennent de plusieurs camps démantelés au Nord-Kivu, sur décision de l’autorité provinciale.

Cette vague d’arrivée de civils inquiète les habitants de Buleusa et provoque des tensions au sein des populations, car ces déplacés se servent des récoltes des paysans. Les habitants de Buleusa disent craindre aussi que ces mouvements ne favorisent l’infiltration des FDLR dans la région chassés par les Maï-Maï, en novembre 2015.

Pendant la nuit du 12 juin au 13 juin, une grande panique s’est emparée des habitants de la localité de Buleusa, dans le groupement Ikobo, à la limite des territoires de Lubero et Walikale. Un groupe de présumés rebelles des FDLR armés auraient été aperçus aux alentours du village. Pris de panique, la plupart des habitants ont fui vers la brousse, d’autres vers Lubero, notamment à Kanyabayonga, Miriki et ailleurs. Plusieurs sources indiquent que cette panique est consécutive à plusieurs incidents sécuritaires qui seraient provoqués par des rebelles FDLR, qui se cacheraient dans le camp des déplacés de Buleusa et qui commettraient des exactions contre les populations autochtones, notamment des tueries et des pillages.

Le 13 juin, six personnes ont été tuées et trois blessées à Buleusa, localité situé à environ 140 km au nord de Goma. D’ethnie Nande, le chef du village Joseph Kamuha a précisé que des hommes de sa communauté, secondés par des Hunde, avaient attaqué des Hutu soupçonnés d’avoir enlevé l’un des leurs. Un site des déplacés, qui abritait environ 1000 personnes, a été brûlé et toutes les personnes (qui y vivaient) ont dû de rabattre sur un camp des FARDC. Depuis le début de l’année, plusieurs dizaines de personnes sont mortes dans cette zone lors d’affrontements ayant opposé Nande et Hutu. Selon des sources locales, les chefs nande de la région s’opposent au retour de déplacés hutu congolais, qu’ils accusent d’être les complices des rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). A Buleusa, Hunde et Nande se considèrent comme les populations autochtones et voient de manière générale les Hutu, rwandophones, comme des « étrangers », des « Rwandais ».

Le 14 juin, l’Assemblée Nationale a recommandé au gouvernement de neutraliser, dans un bref délai, les groupes armés notamment les ADF, les FDLR et les Maï-Maï encore actifs dans la partie Est du pays. Après plusieurs séances organisées à huis clos, les députés ont formulé des recommandations pour combattre l’insécurité dans l’Est du pays. Les élus ont notamment exigé une enquête nationale et internationale pour identifier les auteurs des tueries enregistrées dans le territoire de Beni au Nord-Kivu. Ils ont parlé aussi de traçabilité dans l’exploitation des ressources naturelles, source de la plupart des [conflits] dans la partie Est du pays. Par ailleurs, les députés ont appelé à l’identification des réfugiés se trouvant dans les camps, de préciser leur provenance et de les retourner dans leurs milieux d’origine.

Le 15 juin, des représentants du gouvernement, de l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu et de la Monusco se sont rendus à Buleusa. Cette localité a connu des tensions communautaires ces derniers jours suite à un conflit qui oppose les déplacés aux populations autochtones. La tension est vive entre les deux groupes, à la suite d’arrivées massives des populations déplacées en provenance de plusieurs camps démantelés au Nord-Kivu. Les habitants de Buleusa disent craindre que ces mouvements de population ne favorisent l’infiltration des rebelles FDLR dans leur contrée.

Le 16 juin, à Buleusa, des affrontements ont éclaté entre un groupe armé dénommé Nduma Defense of Congo-Rénové (NDC-R) d’un côté et forces armées congolaises et brigade d’intervention de la Monusco de l’autre. Le bilan des affrontements est d’au moins sept morts dans les rangs des miliciens, et des dizaines de blessés. Les miliciens du NDC-R auraient ouvert le feu sur les soldats congolais et les casques bleus sud-africains, pour tenter d’empêcher une distribution de nourriture à des déplacés. Ils étaient déjà accusés d’avoir brûlé l’un des sites de déplacés de Buleusa en début de semaine, au motif qu’ils étaient complices des rebelles hutus rwandais des FDLR.

Selon la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC (Monusco), le groupe NDC-R dirigé par Guidon compterait entre 300 et 500 membres et son quartier général est établi à Irameso, dans le territoire de Walikale. Le NDC-R est né en juillet 2014. Guidon était auparavant l’adjoint d’un autre chef rebelle influent, Sheka, mais décide de créer son propre mouvement. Dans une note datée de cette époque, que les experts des Nations unies ont pu se procurer, Guidon accuse son ex-mentor Sheka de s’être trompé d’ennemi, en combattant les Forces armées de RDC (FARDC) en lieu et place des rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Lui veut faire de la lutte contre les rebelles hutus rwandais une priorité, avec pour revendication d’intégrer in fine l’armée congolaise. Selon plusieurs témoignages recueillis pas les experts, Guidon et ses hommes se seraient mêmes «cooordonnés avec certains officiers FARDC pour combattre les rebelles hutus rwandais FDLR». Certains soldats congolais leur auraient même «fourni des munitions».

Le gouvernement provincial du Nord-Kivu a annoncé une série de mesures pour faire face à la situation sécuritaire et humanitaire dans la localité de Buleusa. Le vice-gouverneur de la province, Feller Lutahichirwa, a annoncé la délocalisation des retournés et déplacés vers un nouveau site pour leur identification et enregistrement. Ces familles cantonnées à Buleusa seront délocalisées dans un site plus viable qui n’est pas encore déterminé. Elles seront prises en charge par le gouvernement pendant toute l’opération d’identification. Le gouvernement provincial a également décidé que l’un des administrateurs assistants du territoire de Walikale est affecté provisoirement à Buleusa pour suivre la situation qui prévaut sur place. Par ailleurs, deux commissions seront mises sur pied. La première pour identifier tous les présumés auteurs des tueries et la seconde, composée des experts, se penchera sur les questions de réconciliation, cohabitation et stabilisation. Le vice-gouverneur a également appelé les partenaires du gouvernement à rendre disponible une assistance humanitaire en faveur de la population de Buleusa.

D’après le responsable du site de déplacés de Buleusa, six personnes sont mortes ces six derniers jours parmi les cinq mille retournés et déplacés recensés sur place.

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Loc. Vicomero

43056 Torrile (PR) – Italie

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