samedi , 16 décembre 2017
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Première centrale électrique fonctionnant au gaz méthane dans le Lac Kivu.
Première centrale électrique fonctionnant au gaz méthane dans le Lac Kivu.

Inauguration de KivuWatt : Un événement très peu commenté par les autorités et les médias à Kinshasa

Le 16 mai 2016, le Rwanda inaugurait la première centrale électrique fonctionnant au gaz méthane extrait sur le lac Kivu qui constitue la frontière naturelle entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda.

Cet événement très peu (ou pas du tout) commenté par les autorités et les médias à Kinshasa revêt un caractère très important tant sur le plan économique que  stratégique.

Au vue de l’incroyable manque d’intérêt par Kinshasa aux initiatives et projets que les pays limitrophes entreprennent aux frontières de notre pays, nous avons estimés qu’il était nécessaire de revenir sur cette opportunité, une fois de plus, manquée par la RDC.

KivuWatt, c’est le nom du projet qui exploite et produit de l’électricité à partir du gaz méthane du lac Kivu pour le Rwanda.

Pour la petite histoire, l’idée d’exploiter le méthane dissous dans le lac Kivu par le Rwanda et la RDC date des années 60. Mais c’est en Mars 2007 seulement que le projet a été sorti des tiroirs des ministères. Cette année là, les experts de deux pays ainsi que leurs homologues internationaux s’étaient réunis à Gisenyi en présence des institutions internationales d’aide au développement.

A la fin de l’atelier de trois jours, le Ministre congolais des hydrocarbures de l’époque, un certain Lambert Mende, déclarait, “les experts de 2 pays ont convenu de démarrer ce projet dans la première quinzaine du mois d’Avril. C’est grâce à l’aide de la communauté internationale dont les Nations Unies, l’Union Européenne et les USA”.

D’après le Ministre Mende, la première exploitation commune du gaz méthane du lac Kivu devrait débuter au mois d’Avril de cette année là, c’est -à- dire quelques semaines seulement après la clôture de l’atelier de Gisenyi.

En Avril 2007, l’exploitation avait réellement commencé mais du côté Rwandais. L’exploitation qualifiée de “commune” était en fait exclusive. Pourquoi la RDC avait- elle trainé les pieds pour le démarrage de ce projet énergétique aussi important alors que les bailleurs des fonds étaient disponibles et intéressés? Seul le Ministre Mende pourra apporter les éléments de réponse à cette question.

Alors que Kinshasa tergiversait, au Rwanda les choses avançaient dans l’esprit des conclusions de l’atelier de Gisenyi. Deux ans plus tard, soit en Mars 2009, la détermination et les efforts des Rwandais avaient abouti à la mise en place par leur gouvernement d’un projet pilote près de la localité de Rukavu produisant 2 Mégawatts (MW) d’électricité à partir du gaz lacustre.

Côté congolais, en Juin 2012, l’ambassadeur de la Fédération de Russie  à Kinshasa, Mr Anatoly Klimenko annonçait à la suite de l’entretien qu’il avait eu avec Crispin Atama Tabe alors Ministre congolais des hydrocarbures, que son pays était intéressé par l’exploitation du gaz méthane du lac Kivu en RDC car, avait ajouté le diplomate russe, “nous avons une grande expérience dans l’exploitation du gaz méthane pour la fourniture de l’énergie électrique”.

Cette manifestation d’intérêt, autant que l’opinion congolaise le sache, n’a jamais trouvé de répondants du côté des autorités. Aucune rencontre entre les experts russes et congolais  n’avait été organisée pour explorer l’idée, l’approfondir et obtenir les données techniques et financières qui auraient permis au gouvernement congolais d’accepter ou de rejeter la manifestation d’intérêt de la Russie.

Deux ans plus tard, en 2014, soit sept ans après l’atelier de Gisenyi, le Ministre Atama Tabe annonçait que “ la RDC allait bientôt commencer l’exploitation du gaz méthane du lac Kivu”. Cette déclaration s’apparentait plus à un exercice de communication plutôt qu’une réelle volonté de démarrer le projet.

Au vu des travaux qui avançaient du côté rwandais, Monsieur Atama se sentait –il obliger de gérer les attentes et les espoirs de congolais surtout ceux des riverains du Lac Kivu et ceux des experts congolais familiers au projet depuis l’atelier de 2007?

En Novembre 2015, soit un mois avant la production effective de l’électricité par le Rwanda, le ministre congolais des Hydrocarbures, Ngoy Mukena, et son homologue rwandais signaient un accord portant sur “ la surveillance du lac Kivu au moment de l’exploitation du gaz [ndlr par le Rwanda] qui y est contenu”. Un comité fut crée à l’occasion pour la surveillance du côté congolais mais pour la surveillance et l’exploitation du côté rwandais.

En fait, les experts congolais surveillent les Rwandais qui exploitent le gaz commun du lac Kivu dont les réserves sont estimées à 63 km³. Ce comité avait été installé en avril dernier soit un mois avant l’inauguration officielle en Mai dernier de la centrale électrique rwandaise par le président Paul Kagamé.

La plate forme flottante, gérée par l’entreprise américaine Contour Global, a été placée à 13 km de la rive rwandaise sur le lac Kivu. Sa capacité est de 26 MW pour la phase initiale.  De quoi alimenter la ville entière de Goma dont les besoins énergétiques sont estimés à 20 MW. La production sera portée à 100 MW avec la construction d’autres plate-formes dans le futur.

Le président rwandais, dans son mot de circonstance déclarait “la réalisation du projet est un exemple de l’esprit inébranlable du Rwanda”. Nous continuons à essayer jusqu’ à ce que nous réussissions”. Il ajoutait “ nous invitons la RDC à emboiter le pas au Rwanda en exploitant cette ressource commune du lac Kivu”.

Côté congolais, le Ministre Ngoy déclarait “le tour de la RDC viendra. Certes nos voisins rwandais ont pris quelques avances sur nous. Ne vous en faites pas outre mesure car notre tour vient et il viendra certainement” et d’ajouter “ le gouvernement réunis maintenant les paramètres nécessaires pour emboiter le pas au Rwanda”.

Comme pour ses prédécesseurs, les ministres Mende et  Atama, les déclarations d’Emile Ngoy ne rassurent aucun Congolais quant à la volonté politique réelle de Kinshasa d’exploiter commercialement le gaz du lac Kivu. L’annonce, d’aucuns qualifieraient de précipité, du dégazage du lac Kivu près de Saké au Nord Kivu par la société française Liminological Corporation n’exonère pas le gouvernement congolais de l’incroyable immobilisme dont il a fait montre dans la gestion du dossier “gaz méthane du lac Kivu”. Pourquoi avoir attendu neuf ans avant de débuter les travaux? Pourquoi les entreprises russes ont –elles été ignorées en 2012?

Comme pour le pétrole dans les eaux communes du lac Albert à la frontière avec l’Ouganda et dans celles de l’océan à l’ouest du pays à la frontière avec l’Angola, la RDC semble incapable de prendre le rôle de leader dans l’exploitation des ressources transfrontalières.

On le sait, le gaz du lac Kivu (autant pour le pétrole du lac Albert) ne connait pas de frontière. Si le Rwanda construit plusieurs plate-formes afin produire plus d’électricité (qu’il pourra un jour vendre à la RDC!), il utilisera le gaz dissous dans les eaux communes du lac comme bon lui semble.

On assistera alors, comme toujours, à  des déclarations médiatisées du genre “on est entrain de nous voler” alors que ce sont les atermoiements propres au gouvernement congolais qui permettent le vol.

Pour le commun de lecteurs, nous avons reproduit ci-dessous le discours de Paul Kagamé traduit de l’Anglais.

Discours de Paul Kagamé, 16 mars 2016.

“Je ne peux que me réjouir de voir ce que passe aujourd’hui.  Je suis content d’être ici pour lancer KivuWatt la centrale au gaz méthane.

Une fois de plus, je souhaiterai remercier tous ceux qui ont été impliqués depuis le début jusqu’ à ce jour, à commencer par Contour Global pour avoir abouti depuis la phase pilote, à cette heureux résultat d’aujourd’hui.

Comme l’a souligné le PDG de Contour Global, Mr Joseph Brandt, ils ont essayé plusieurs fois et ont échoué plusieurs, mais à la fin pas seulement eux qui ont réussi, nous avons tous réussi.

C’est le même esprit inébranlable qui nous anime dans notre pays. Nous continuons à essayer, à essayer encore et nous n’abandonnons jamais. Il y a un proverbe en Kinyarwanda qui dit que “ vous pouvez m’accuser d’avoir échoué mais vous trouvez des raisons pour m’accuser de n’avoir pas essayé”. Je dis donc merci à Jo et à son équipe.

Les 26 MW que nous avons aujourd’hui ne constituent qu’un pas. Un pas très important et positif. Ils ne vont pas résoudre nos problèmes énergétiques mais ils constituent une indication de ce qui est possible de faire pour relever le défi énergétique. Ils vont au delà de 26 MW. Ils démontrent qu’on peut en peu de temps relever les défis auxquels nous faisons face.

Pour nos voisins de la RDC dont les représentants officiels sont ici, je dis: ceci est une ressource que nous partageons. Nous aurions voulu travailler avec la RDC dans ce projet et nous continuons à le vouloir. S’il vous plait, apporter notre message dans votre pays.

En fait, dans le bateau sur le chemin du retour, Joseph et moi, nous nous sommes dit, ce que nous voulons c’est de l’électricité, peu importe, (qui) et où, elle est produite. Si la RDC était la première à réaliser ce projet, je serai parti et demander peut-on faire plus avec ce que vous faites déjà. Peut –on produire plus d’électricité puisque c’est ce que nous voulons. Si nos frères et voisins veulent se joindre à nous pour produire plus d’électricité pour desservir le Rwanda et la RDC, ils sont les bienvenus.

Cette expérience a été un apprentissage pour les entreprises impliquées ainsi que pour nous tous. La prochaine fois nous ferons mieux et à moindre coût.  Beaucoup de recherche scientifique et d’innovation technologique étaient nécessaires, et plus qu’on le pensait au début. En fait, comme the PDG de Contour Global l’a dit certains croyaient qu’il était impossible d’aboutir. Nous sommes aujourd’hui heureux que le résultat est différent.

A la Banque Africaine de Développement, aux gouvernements des USA, de Pays Bas, de la Belgique et ceux des autres pays qui ont aidé et ont promis de continuer  à aider ce projet, je souhaiterais vous exprimer nos remerciements.  Ils sont nombreux; si j’ai oublié de mentionner certains, le message est que nous sommes heureux de travailler avec vous dans le projet comme celui- ci et nous espérons une forte coopération et une plus grande production d’électricité.

Je n’oubli pas l’Union Européenne et la Banque Mondiale qui ont été merveilleuses en ce qui concerne la coopération au développement et chaque jour les rwandais sont reconnaissants de ce qu’on leur apporte qui leur permette de donner le meilleur d’eux mêmes.

Je vous souhaite donc une bonne journée. Bonne comme nous sentons nous mêmes et bonne pour la poursuite de la coopération”.

[John Kipala]

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