samedi , 16 décembre 2017
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Photo d'un sénateur de la RDC.
Florentin Mokonda Bonza - Sénateur congolais

Bilan : Le 1er ministre de RDC a échoué dans tous les secteurs de la vie nationale

« Le Premier ministre a échoué dans tous les secteurs de la vie nationale », a conclu le sénateur Mokonda Bonza dans sa question orale avec débat adressée au chef du gouvernement, Matata Ponyo, au cours d’une séance plénière lundi 06 juin 2016 au Sénat. « La  gouvernance sous la conduite du Premier ministre  Matata est entachée  d’  une vague de corruptions », a-t-il affirmé également. «Votre gouvernance est entachée d’une vague permanente de corruptions qui affecte tous les services de l’Etat et qui favorise un processus d’enrichissement rapide et illicite des membres du gouvernement et des responsables des services de l’Etat », a-t-il souligné à la prestigieuse tribune de la Chambre haute.

Le sénateur Florentin Mokonda Bonza, professeur à la Faculté des Sciences économiques de l’Université de Kinshasa. a dit ne pas être convaincu des réponses du Premier ministre Matata Ponyo à la question orale sur sa gestion de quatre années à la tête du gouvernement.

Ce brillant économiste congolais a appelé le chef du gouvernement à exercer «l’humilité et l’humanité » dans sa haute charge publique.

Mokonda Bonza a dénoncé  ce qu’il considère  comme « la stabilité apparente du Franc congolais » justifiée par la réduction du poids  de la dette intérieure que le  Premier ministre n’a pas signalée dans ses réponses à la question orale avec débat sur la conduite de la politique de la nation.

Le sénateur a également reproché au chef du gouvernement « la  liquidation sélective et intéressée » dans la gestion de la dette intérieure.

Il a critiqué « l’absence  certaine  de l’orthodoxie » en matière de la croissance économique.

Dans sa réponse, le Premier ministre s’est notamment félicité des améliorations enregistrées dans les cinq secteurs de base notamment l’armée et les infrastructures.

Tout en reconnaissant l’amélioration de quelques indicateurs macroéconomiques, l’auteur de la question orale est d’avis que: «Le cadre macroéconomique est précaire et hypothétique».

«A quoi ça sert de gouverner plusieurs années sans qu’il y ait de l’eau potable, de l’électricité, de logements sociaux, de la salubrité publique, des denrées alimentaires à des prix abordables, des soins médicaux à des couts supportables? Je dois vous avouer que je ne suis pas satisfait des réponses du Premier ministre à qui du reste  je conseille de l’humilité et de l’humanité», a renchéri Florentin Mokonda.

La réduction de la pauvreté ne sera pas possible en RDC, où la réduction de la desserte en eau et en électricité ne fait que croitre, a-t-il estimé sans toutefois avoir livré les chiffres prouvant cette hausse.

Dans le volet infrastructures, Florentin Mokonda n’a pas non plus apprécié le bilan du gouvernement qui, selon le Premier ministre, a construit et livré 502 écoles en trois ans.

«Sur les 1048 écoles à construire, sept provinces (anciennes) ont plus de cent écoles chacune, les autres ont un total compris entre 58 et 92 écoles. En ce qui concerne le volet construction, sur les cent centres de santé à construire, trente centres sur trente-quatre sont terminés et 22 sont déjà réceptionnés. Dans la ville-province de Kinshasa, quatre stades sont construits ou sont en construction», a indiqué le Premier ministre.

Le sénateur  Mokonda Bonza a par ailleurs dénoncé le silence du gouvernement face à la montée de l’insécurité dans le territoire de Beni et ses environs, au Nord-Kivu.

Quelques heures avant la conclusion du sénateur Mokonda, le Premier ministre Matata Ponyo avait parlé de l’armée congolaise qui, selon lui, se prépare à monter en puissance avec la formation des unités de réaction rapide.

En plus de la stabilité du cadre macroéconomique, le chef du gouvernement a également mis à son actif la construction des écoles et stades municipaux, la création des sociétés de transport Transco et la compagnie aérienne Congo Airways ainsi que le parc agro industriel de Bukanga Lonzo.

«Que représentent 500 bus dans une ville de 8 à 10 millions d’habitants. Je vous informe qu’en 1970, il y avait 2 000 bus en circulation dans la capitale pour une population de 1 200 000 habitants», s’est exclamé Florentin Mokonda Bonza., dont le texte intégral de la conclusion à la question orale avec débat est repris ci-après.

Mokonda Bonza : Conclusion relative à la Question orale avec débat adressée au Premier ministre Augustin Matata Ponyo

Monsieur le Président,

Messieurs les membres du Bureau,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs

et très chers collègues,

Je salue la présence du Premier ministre, pour la seconde fois en quelques jours, parmi nous. En République Démocratique du Congo, c’est un événement que de voir un chef de gouvernement accepter avec spontanéité et diligence de répondre aux questions d’un élu du peuple. Cependant, il a fallu au Premier ministre 53 jours pour répondre à ma question orale alors que l’article 159 du Règlement intérieur du Sénat accorde un délai de sept jours avec une rallonge exceptionnelle de sept autres jours, donc un maximum de 14 jours. Suivez mon regard.

Sous d’autres cieux, Monsieur le Président, distingués collègues, c’est un exercice anodin, républicain et le déplacement se fait sans tambour ni trompettes, sans mobilisation d’une horde des flatteurs et de surcroît sans incidence sur le Trésor public.

Je saisis cette opportunité pour remercier tous les collègues qui sont intervenus avec brio lors du débat pour exprimer des préoccupations économiques, politiques et sociales, qui sont celles de la quasi-totalité de nos concitoyens qui ne se retrouvent pas dans le discours du Premier ministre sur les réformes, la croissance, la stabilité du cadre macroéconomique, la stabilité du franc congolais et donc les résultats du programme de son gouvernement.

Monsieur le Premier ministre,

Quand je vous ai suivi, le jeudi 02 juin dernier, j’ai été envahi par deux sentiments : un énorme doute sur les capacités du gouvernement à réformer et une déception quant aux résultats atteints.

Mon doute se fonde sur votre approche purement théorique et académique en lieu et place d’une approche concrète basée sur des réalisations quantifiées et chiffrées. Vous avez voulu montrer au Professeur Mokonda sa totale sous-information des résultats performants de votre gouvernance : le niveau de pauvreté serait ramené de 71,5 % entre 2004 et 2009 à 61,3 % entre 2012 et 2015. Je reviendrai plus loin sur votre gouvernance.

De prime abord, Monsieur le Premier ministre, comment conciliez-vous la réduction de la pauvreté avec la réduction des taux de desserte en eau et en électricité. Comment expliquer que dans un pays où des réformes structurelles ont été engagées, le taux de malnutrition, le taux de morbidité et le taux de mortalité infantile n’aient pas connu une chute sensible.

Par ailleurs, grande est ma déception, car, en plus d’une heure de discours sur la politique de la nation, vous qui vantez tant vos performances, n’avez en aucun moment fourni une moindre statistique concrète notamment de production agricole ou industrielle, de volume d’emplois créés ou même d’économies réalisées dans le cadre de la bancarisation.

Ma question orale était une opportunité pour vous, Monsieur le Premier ministre, d’expliquer en toute simplicité, la pertinence des réformes engagées depuis quatre ans, les résultats déjà obtenus ou attendus dans un proche avenir et leur impact sur l’amélioration du quotidien de la population congolaise.

Malheureusement, ce ne fut pas le cas et je m’en vais vous le démontrer.

Votre discours sur la croissance économique, la stabilité du cadre macroéconomique, la maîtrise de l’inflation ou encore la stabilité du franc congolais est  destiné  aux universitaires et aux institutions financières internationales, même si nous ne sommes pas en programme avec elles. C’est l’exposé d’un Premier ministre qui vit dans une tour d’ivoire, ignorant  tout des conditions de vie quotidienne des populations qu’il gouverne.

C’est le discours d’un étranger qui gère un espace situé dans une planète autre que celle sur laquelle évolue le peuple congolais.

Monsieur le Président,

Chers collègues,

Tout en reconnaissant une certaine amélioration de quelques indicateurs macroéconomiques, je persiste et signe pour confirmer que le cadre macroéconomique est précaire voire hypothétique. Le Premier ministre lui-même l’a reconnu en insistant sur les chocs exogènes à notre économie, une économie totalement extravertie (c’est moi qui ajoute) et sur l’importation d’une grande partie des biens de première nécessité et des services. L’économie congolaise ne dispose pas des ressorts dynamiques internes susceptibles de soutenir une croissance inclusive durable.

Quand le Premier ministre parle de création des richesses quinze ans durant, je ne peux penser un seul instant qu’il y ait une quelconque confusion dans son esprit entre produit intérieur brut et produit national brut. Si, par exemple, le produit intérieur brut (PIB) a doublé entre 2012 et 2016, quelle est la vraie part réservée aux Congolais ? Que vaut dans un pays une création des richesses dont la source est essentiellement étrangère, comme c’est le cas aujourd’hui pour la RDC avec les banques, l’industrie extractive, les télécommunications et autres nouvelles technologies de l’information et de communication (NTIC), les bâtiments et travaux publics qui sont des entreprises à capitaux majoritairement étrangers.

L’évaluation du Produit national brut qui se traduit par l’incorporation des revenus provenant de la contribution des Congolais de l’étranger et la déduction des revenus des étrangers de la production intérieure aurait pu nous permettre d’apprécier le réel enrichissement de la RDC et des Congolais.

En réalité, le poids des revenus des étrangers anéantit pratiquement toute croissance du revenu national.

Cet anéantissement explique le paradoxe entre le discours élogieux du chef de gouvernement sur la croissance et la situation pernicieuse du Congolais moyen acculé au chômage, à la régression continue et ayant perdu toute dignité et toute espérance.

Monsieur le Premier ministre,

Que vaut une création des richesses nationales sans une répartition équitable ? Je voudrais rappeler à l’attention du Premier ministre les propos tenus par un diplomate en janvier dernier, je cite : « En 2014, le gouvernement a dépensé quasiment autant pour le Parlement que pour le secteur de la santé pour tout le pays. Et 12 % des dépenses de financement interne en 2014 sont allées à la Présidence, à la Primature et au Parlement, soit l’équivalent des dépenses de l’éducation primaire, secondaire et technique ». Et ça, c’est tout, sauf la bonne gouvernance.

Toujours concernant le cadre macroéconomique, j’aimerais faire un bref commentaire sur la stabilité apparente du franc congolais que nous avons connue pendant 4 à 5 ans qui ne trouve sa justification que dans les faits suivants, notamment :

− la réduction du poids de la dette extérieure sur les finances publiques et la monnaie ;

− l’accroissement des transferts en devises des Congolais de l’étranger qui alimentent également le marché de change ;

− l’exécution partielle du budget des dépenses courantes et d’investissements au détriment des services publics, des provinces et des ETD ;

− la liquidation sélective et intéressée de la dette intérieure ;

− l’absence d’un dispositif budgétaire et monétaire bien réfléchi et exécuté pour assurer la réhabilitation des infrastructures existantes ou la construction de nouvelles infrastructures modernes.

Juste en passant, j’aimerais signaler à l’opinion que contrairement à l’affirmation du Premier ministre, le taux de change entre le dollar américain et le franc congolais se situe à près de 960 francs au niveau de la Banque centrale et autour de 985 francs au niveau des banques commerciales.

Monsieur le Président,

Distingués collègues,

Je me permets de rappeler, Monsieur le Premier ministre qu’en 2012 en Occident, les programmes de stabilisation ont été sévèrement remis en cause dans le cadre du pacte budgétaire européen, l’accent étant davantage placé sur la création d’emplois et le retour de la croissance.

Plus récemment, le gouvernement et le peuple grec ont carrément refusé de se plier à un programme de stabilisation jugé suicidaire et injuste à leurs yeux.

Au regard de tous ces éléments, il est souhaitable que le Premier ministre cesse de parler de la République Démocratique du Congo comme pays modèle en matière de stabilisation économique et financière à l’étranger. Bien plus, le faire dans des universités, comme il l’a déclaré, risque de tourner le pays en dérision. Et d’ailleurs, la récente prestation du Premier ministre sur les ondes de la Radio France Internationale corrobore mon appréhension.

Monsieur le Président,

Estimés collègues,

Permettez-moi de revenir sur les réponses du Premier ministre à mes interrogations dans le cadre de la question orale qui nous occupe en ce moment.

Ergotant sur mes prémisses sur la croissance économique dans le monde et particulièrement en République Démocratique du Congo, le Premier ministre a aligné ses réalisations pour démontrer que mon analyse était infondée. Sur sa liste élogieuse, il a notamment cité la construction des écoles, la société Transco, la compagnie aérienne Congo Airways et le parc agro-industriel de Bukanga Lonzo.

Je vais m’arrêter brièvement sur ses réalisations phare.

1. De la construction des écoles

Le Premier ministre avait promis de construire annuellement 1.000 écoles dans le pays. En deux ans, il n’a construit et livré que 502 bâtiments de six classes souvent mal construites et non équipées. Ces bâtiments ne répondent pas aux normes techniques architecturales, spécialement dans un pays qui expérimente le réchauffement de la planète depuis quelques années. Que signifie alors pour vous « révolution de la modernité » ?

2. De la Société Transco

Que représentent 500 bus dans une ville de 8 à 10 millions d’habitants ? En prenant une population de 8 millions, il y a un bus pour 16.000 personnes. Pour vous aider à avoir vos deux pieds sur terre, je vous informe, Monsieur le Premier ministre qu’en 1970, il y avait 2000 bus en circulation dans la capitale pour une population de 1.200.000 habitants, soit un bus pour 600 habitants. Qui dit mieux ? Et encore des horaires rigoureux. En 1975, Assistant au Campus de Kinshasa de l’Université Nationale du Zaïre, je louais une maison à Bandalungwa.

L’OTCZ alignait des minibus climatisés pour les cadres qui n’avaient pas de moyens de transport personnels. Chaque jour, j’allais de chez moi au Campus en changeant de minibus au Pont Kasa-Vubu. Tout n’était pas mauvais sous la deuxième République.

3. De Congo Airways

Au début des années 1970, la RDC, avec un taux de croissance moyen de 4,5 %, achetait des avions neufs pilotés par des nationaux. Aujourd’hui, avec un taux moyen proche du double pendant presqu’une décennie (selon vos propres chiffres), le gouvernement acquiert des aéronefs de seconde main et de surcroît avec des étrangers aux commandes, 55 ans après l’indépendance.

Les compatriotes qui étaient à bord du Bombardier baptisé Anuarite Nengapeta n’ont eu la vie sauve à Isiro, en mai dernier, que grâce à l’intercession de la Bienheureuse.

Cloué au sol par une panne sérieuse, l’avion y est resté deux jours. Etait-il vraiment nécessaire de survoler océans et continents jusqu’en Océanie pour acheter des aéronefs d’occasion à la Papouasie Nouvelle-Guinée ? Pourquoi chercher une aiguille dans une botte de foins ? N’est-ce pas une honte ? Suite à une panne similaire à celle d’Isiro, le deuxième Bombardier n’a pas pu décoller tout récemment de l’aéroport international de N’djili. Le lancement de la course, opération propagandiste, a échoué, les vélos étant bloqués dans l’avion à Kinshasa.

N’est-ce pas une malédiction ?

4. De Bukanga Lonzo

S’agit-il d’un investissement congolais ou sud-africain ? Un collègue a dit que le sol du Kwango et des environs – prolongement du désert de Kalahari – n’est pas propice à l’agriculture, mais plutôt à l’élevage. A l’époque, tous les étudiants en Sciences économiques l’avaient appris dans le cours de Géographie économique. La vérité, c’est que le maïs est acheté dans les milieux paysans et transporté à Kinshasa pour y être transformé en farine dans les installations de CDI/Bwamanda. Encore que le prix de la farine de maïs vendu par le Parc agro-industriel ne tienne pas compte de la bourse du consommateur de cette denrée.

Le Premier ministre ne sait pas à quel coût l’Etat d’Israël parvient-il à rendre arables les sols. Au cours des années 1980, une étude réalisée sur le Plateau des Bateke avait déjà relevé les limites pour développer les cultures vivrières.

Monsieur le Président,

Estimés collègues,

Je voudrais parler toujours de la croissance. Celle-ci constitue un des concepts au centre des préoccupations des économistes et acteurs politiques au cours du siècle dernier et même encore au début de ce 21ème siècle.

Depuis Ricardo, Malthus, Keynes et plus proche de nous Friedman ou Stigliz, nous sommes passés d’une conception apocalyptique à une vision plus rationnelle de la croissance. D’autres grands noms de l’économie moderne comme Kuznets, Harrod ou encore Solow ont développé des modèles pour caractériser ou interpréter le phénomène de croissance économique.

Comme je l’ai dit dans ma question orale et je demeure péremptoire à ce propos, les bienfaits de la croissance : emplois jeunes, créations des PME/PMI, sécurité alimentaire, prospérité issue notamment de l’accroissement de la production agricole ou manufacturière, et donc réduction sensible de la pauvreté, sont absents du tableau brossé par le Premier ministre.

Une croissance moyenne du PIB par habitant de 4% sur dix ans doit amener de grands changements structurels dans un pays.

D’ailleurs, les travaux du professeur américain Okun ont mis au point, il y a soixante ans au moins, une loi que nous enseignons aux étudiants en Sciences économiques, selon laquelle une augmentation de la production de 3 % devrait entraîner une réduction du chômage de 1 %. Avec un taux moyen de croissance de 9 % pendant 10 à 15 ans, la RDC aurait dû enregistrer une réduction sensible du chômage (3 % en moyenne par an). Et pourtant, le Premier ministre ne fournit aucune statistique ni du nombre de demandeurs d’emploi, ni de création d’emplois nouveaux pour l’absorption du chômage.

C’est tout simplement de la fumisterie, du tripatouillage des chiffres à mobile propagandiste. Je rappelle que l’Europe des années 1980 était très différente de celle des années 50 à cause des 30 glorieuses années (4 à 5% en moyenne par an). Elle a rattrapé son retard par rapport aux USA qui l’a aidée à se reconstruire.

La Chine d’aujourd’hui qui a affiché un taux moyen de croissance moyen de 9% entre 1990 et 2012 (record historique) est très différente de la Chine de Mao. Elle est en train de rattraper son retard par rapport à l’Occident. Elle devient progressivement la première puissance économique du monde.

Monsieur le Président,

Distingués collègues,

Malgré son caractère abstrait, la croissance se vit de manière concrète au jour le jour. Car la croissance chinoise est vue et vécue au jour le jour même par les Congolais. Il suffit de circuler à Kinshasa pour s’en rendre compte à chaque coin de rue. La croissance congolaise est-elle vécue à Ango, Bafwasende, Baraka, Bumbu, Ikela, Kabambare, Kasongo Lunda, Katako-Kombe, Kisenso, Libenge, Lubao, Luiza, Manono, Mitwaba, Ngaba, Niangara, Oshwe, Walikale ou encore dans les pays voisins ? Seul le Premier ministre peut l’affirmer, comme il l’a encore fait le samedi dernier sur les ondes de la RFI. Kinshasa et le Kongo central ne sont-ils pas tributaires notamment des produits alimentaires, du ciment et des produits pétroliers en provenance de la République sœur d’Angola ?

Monsieur le Président,

Distingués collègues,

Je poursuis avec la politique économique du gouvernement en tentant d’analyser les réponses du Premier ministre portant notamment sur la politique industrielle, la politique énergétique, la politique agricole, les fruits de la remise de la dette, la promotion d’une classe moyenne congolaise et la protection de la main-d’œuvre nationale.

Concrètement, je ne saisis pas bien la politique industrielle du gouvernement sur la base des réponses abstraites reçues. Le Premier revient sur la Sidérurgie de Maluku qui aurait aggravé la dette extérieure congolaise (sic). Me référant à l’ouvrage de Jean-Claude Willame1, c’est plus la centrale hydroélectrique d’Inga dont la ligne très haute tension entre Inga et Kolwezi qui représente la part la plus importante de la dette, et non la Sidérurgie de Maluku, comme l’a affirmé le Premier ministre.

Je rappelle au Premier ministre que c’est grâce à INGA, une réalisation de la deuxième République tant et toujours décriée, que le Kongo Central, la Ville de Kinshasa et le Katanga, en tant qu’entités économiques et sociales, ont encore de l’oxygène pour survivre. Depuis mai 1997, dix-neuf ans se sont écoulées, je ne connais pas une seule centrale hydroélectrique d’envergure qui soit construite et qui soit opérationnelle dans le pays.

Or, il n’y a ni zones économiques spéciales viables, ni industrialisation structurante, ni même parcs agro-industriels modernes sans une politique énergétique cohérente.

Non seulement, Monsieur le Premier ministre, vous avez escamoté ma question sur Utexafrica, en plus, vous ne m’avez pas convaincu sur la Sotexki, la Cimenterie de la Province Orientale muée en Cimenterie de Maïko et la Sucrière de Kiliba. Vous affirmez, je cite : « Le Gouvernement adopte

Zaïre, L’épopée d’Inga : Chronique d’une prédation industrielle, L’Harmattan, Paris, 1986, 231 p., une politique de relance industrielle qui tient compte de la situation de l’industrie existante et de la nécessité de reconstituer et développer le tissu industriel au regard de l’ambition d’émergence économique du pays ».

Emergence, concept désormais fétiche en République Démocratique du Congo, est un SLOGAN creux comme les « Cinq chantiers », comme la « Révolution de la modernité ».

Quand le gouvernement parle de l’émergence de la RDC, sur quoi repose celle-ci ? Je dois avouer que les mots ne suffiront pas à pousser la RDC vers l’émergence. Ce sont des actions bien articulées autour des programmes bien conçus, financés et mis en œuvre sur le terrain qui vont transformer la RDC et en faire un pays émergent. Et ces programmes sont à élaborer dans les domaines des infrastructures, de l’industrie manufacturière, de l’énergie, de l’agriculture, de l’agro-industrie, des finances, etc.

La Sotexki est, aujourd’hui, l’unique industrie textile de l’Afrique centrale. Des gouvernements des pays voisins (Angola, Congo, Zimbabwe) s’adressent régulièrement à cette entreprise d’économie mixte pour leurs diverses commandes.

Le gouvernement de la RDC, quant à lui, est un fidèle client de l’industrie textile des pays de l’Extrême-Orient, malgré la loi de sauvetage des industries en péril qu’il a fait voter au Parlement.

Le coton est la matière première transformée par la Sotexki. Le gouvernement n’a rien entrepris sur le terrain pour promouvoir la relance de la culture du coton. Le Premier ministre sait que le coton de Mahagi est réexporté en RDC via l’Ouganda et que notre pays produit moins de 10.000 tonnes pendant que le Burkina Faso, pays du Sahel, en produit 800.000. Il n’y a pas match, encore moins débat. La vérité est têtue !

S’agissant de la Cimenterie de la Province Orientale ou de la Maïko, j’ai l’obligation de livrer les informations en ma possession. S’il est vrai que les premières études de faisabilité avaient induit le gouvernement et le Président de la République en erreur, il est faux de prétendre que tout va pour le mieux aujourd’hui et que la Cimenterie fait partie des priorités du gouvernement. En réalité, ce projet datant de 2005 constitue une arête dans la gorge du gouvernement. En effet, un crédit de 35 millions de dollars fut libéré par le gouvernement indien en 2005 pour la mise en œuvre de trois sociétés : STUC, CIPOR et Agriculture Bio Technology. De janvier 2009 à septembre 2011, 34 conteneurs contenant des équipements pour CIPOR furent rassemblés au Terminal Conteneurs Port de Kinshasa (TCPK) où ils seraient encore.

Malheureusement, des carences structurelles se sont manifestées dans le chef du gouvernement central et du gouvernement provincial qui se sont montrés incapables, le premier pour acheminer les équipements à Kisangani et le second pour créer une voie d’accès au nouveau site choisi à Wanie Rukula, à plus ou moins 65 km de Kisangani.

J’aimerais toutefois rappeler à l’opinion que la centrale hydroélectrique de la Tshopo produit actuellement 19,8 MW, la demande à Kisangani étant estimée par la Société Nationale d’Electricité à 30 MW, soit un déficit de 10,2 MW. Il est tout à fait exclu de transporter l’énergie de Kisangani à Wanie Rukula. Le four rotatif de la cimenterie livré par l’Inde étant conçu pour être chauffé à l’énergie électrique, CIMAIKO, comme l’appelle le Premier ministre, ne peut tourner qu’avec une source d’énergie autonome. Il sied donc de financer la construction d’une centrale hydroélectrique sur la rivière Maïko ou sur le Fleuve Congo à Wanie Rukula, projet non prévu par le gouvernement qui priorise le site d’INGA. CIPOR ou CIMAIKO, ce n’est que du mensonge. A l’heure actuelle, d’après les documents en ma possession, le gouvernement tarde à libérer une somme de près de 10 millions de $ US pour divers frais : surestaries, occupation d’espace et transit, administratifs, transport, manutention, honoraires, etc.

Voilà, Monsieur le Président, Distingués collègues, une fois de plus, c’est la vérité des faits. Elle demeure têtue.

Quant à la Sucrière de Kiliba, je n’ai vu que du brouillard dans l’explication du Premier ministre. Elle n’est toujours pas une priorité pour le gouvernement.

Pour terminer sur ce point, je voudrais indiquer qu’une PMI congolaise produit des robots pour faciliter la circulation routière. Au lieu de l’encourager et lui apporter le soutien nécessaire pour accroître sa productivité et sa compétitivité, le gouvernement a opté pour l’acquisition des passerelles importées plus coûteuses, du reste très peu utilisées par les usagers, juste pour des raisons que le commun des mortels imagine. Le choix du gouvernement vise à préserver l’emploi à l’étranger et non à réduire le chômage en RDC et à booster la croissance.

Votre soutien institutionnel, Monsieur le Premier ministre, aurait permis à cette jeune PMI de croître. La pose de nombreux robots sur les principales artères de la capitale aurait certainement contribué à réduire les nombreux accidents mortels, notamment sur le Boulevard Lumumba et les bouchons quotidiens pour le bien-être de la population kinoise. Vous administrez la preuve que vous n’avez pas de politique industrielle.

Monsieur le Président,

Distingués collègues,

Quelle est la politique agricole du gouvernement ? Monsieur le Premier ministre, Monsieur Kablan Duncan a été nommé premier ministre de la Côte d’Ivoire en avril mai 2011, soit juste un an avant votre avènement à la tête du gouvernement. Je vous rappelle que la Côte d’Ivoire qui venait de connaître de désordres politiques déchirants est un pays post-conflit comme la RDC.

Au cours de la période 2011 à 2015, c’est-à-dire autant que vous aujourd’hui, voici quelques résultats de son action dans le domaine agricole :

– la production de cacao a atteint 1.800.000 tonnes, soit un accroissement de 20 % par rapport à 2012, consacrant ainsi ce pays premier producteur mondial ;

– la production d’anacardes passe de 565.000 tonnes en 2014 à 700.000 en 2015, et le pays en devient le premier exportateur mondial. L’objectif est d’arriver à 1.000.000 de tonnes en 2020.

A l’heure actuelle, la Cote d’Ivoire est en train d’installer la plus grande chocolaterie du monde pour transformer sa production cacaoyère sur place. La Côte d’Ivoire a une superficie de 322.462 km² et une population de 23,3 millions d’habitants. La superficie de la Côte-d’Ivoire ne représente que 14 % de celle de la République Démocratique du Congo. Le Premier ministre peut-il donner les statistiques de production et d’exportation du cacao congolais ?

Peut-on comparer ces résultats avec les vôtres, Monsieur le Premier ministre ? Pouvez-vous décliner les termes de votre programme de relance des cultures de café, de cacao, de palmier à huile, d’hévéa, de quinquina, de théier, de coton et des résultats obtenus depuis 2012, pour ne citer que celles-là ?

Qu’avez-vous fait pour les cultures vivrières (mais, riz, arachides, haricot, manioc, bananes, etc.) et l’élevage (volailles, porcins, ovins, caprins et bovins) ?

Je viens d’apprendre que le gouvernement aurait décidé subitement d’allouer une enveloppe de 30 millions de dollars pour financer la relance du café Arabica dans le Nord et le Sud Kivu.

Si cette information était vérifiée, quelques interrogations me viennent à l’esprit. Quel sort le gouvernement réserve-t-il aux autres grandes provinces caféières où se cultive le café Robusta, à savoir les ex-provinces de l’Equateur et Orientale ?

Quelle serait l’origine de ces ressources : budget de l’exercice 2016, cagnotte spéciale, ligne de crédit d’une banque commerciale locale ou internationale ? Pourquoi avoir attendu seulement 2016 ? Que devient l’Office national du café dans le cadre de la relance caféière en République Démocratique du Congo ?

Pouvez-vous affirmer que la Côte d’Ivoire, pays du président Alassane Ouattara, éminent économiste, ancien Directeur général adjoint du Fonds Monétaire International, ne se préoccupe pas de la stabilité de son cadre macroéconomique ?

Dès leur arrivée au pouvoir, ni le président Alassane Ouattara, ni son Premier ministre n’ont utilisé le passé de leur pays pour justifier les difficultés de la conduite de leur politique. En République Démocratique du Congo, les responsables politiques ne cessent de masquer leurs insuffisances en prétextant soi-disant les erreurs de la deuxième République.

C’est de l’irresponsabilité, vingt ans après !

Monsieur le Premier ministre,

Un des plus grands goulots d’étranglement de notre économie était constitué de la dette. Vous êtes donc certainement le plus chanceux des chefs de gouvernement,  qui se sont succédés de la Deuxième République jusqu’à ce jour, car vous êtes le seul à avoir hérité de la gestion du pays après la crise de la dette.

A ce sujet, comment parler de la stabilisation sans que le peuple congolais ne sache où passent les économies nées de la dette, lesquelles devaient en priorité couvrir les dépenses pro pauvres ?

A vous entendre, votre réponse a été évasive. En outre, il n’existe aucune structure gouvernementale qui s’en est chargée et aucune évaluation périodique n’a été faite pour en voir les retombées s’il y en a eu sur le peuple congolais. Et comme le conseil des ministres se réunit rarement et à l’improviste, vous décidez donc seul de l’affectation de ces ressources. Etant donné l’absence certaine d’orthodoxie dans la gestion, il était préférable pour vous de taire les détails qui nous auraient permis d’apprécier la pertinence de vos actions et l’équité de la répartition des entités bénéficiaires des financements.

Quand il s’agit du peuple, il me semble qu’il faudrait éviter de gouverner par défi. Il sied de lui accorder un minimum d’attention.

A Kisangani, chef-lieu de la Province de la Tshopo, troisième ville du pays jusque-là, où vous avez séjourné du vendredi 03 à dimanche 05 juin dernier, vous vous êtes fait royalement attendre le samedi 04 juin de 8h30 à 17h, sans vous manifester et sans vous excuser. C’est le dimanche 05 en matinée que vous avez furtivement coupé le ruban symbolique avant de vous envoler pour la capitale. Cela frise du mépris pour le souverain primaire de l’ex- Province Orientale et du Congo profond. Voilà un signe qui ne trompe pas : un Premier ministre qui dédaigne tout contact avec le peuple.

Vous avez éludé tout simplement la préoccupation de la protection de la main-d’œuvre congolaise et celle de la promotion de la classe moyenne. Votre gouvernement a ouvert grandement les portes de la République Démocratique du Congo aux étrangers au détriment des Congolais. Non seulement ce sont les entreprises étrangères qui raflent la quasi-totalité des marchés publics attribués de gré à gré, mais en plus, elles se réservent la part du lion dans les emplois de commandement. Plus grave, même le personnel subalterne et ouvrier est recruté dans les pays d’origine des entrepreneurs, sans une quelconque réaction du gouvernement.

Sur le même registre, l’opinion s’apercevra que les Congolais ne bénéficient d’aucune prérogative dans l’exercice de certaines professions. Des activités de commerce protégées par une loi et jadis réservées aux Congolais sont systématiquement exploitées par les étrangers. Les Congolais subissent donc une concurrence déloyale, dans leur propre pays, avec la complicité tacite du gouvernement. Les femmes commerçantes en savent plus et fulminent de colère. Le Premier ministre et son gouvernement sont restés muets sur ces préoccupations.

Monsieur le Président,

Estimés collègues,

Je ne peux clore ce chapitre sur la politique économique sans m’arrêter sur la problématique de la gouvernance, mieux de la gouvernance du Premier ministre.

Monsieur le Premier ministre,

Lors de l’investiture de votre gouvernement en 2012 par l’Assemblée nationale, vous vous êtes engagé à tripler les recettes publiques à l’horizon 2016.

Dans la loi de finances votée par le Parlement et promulguée pour l’exercice 2012, le budget en recettes était évalué à l’équivalent de 7 milliards de dollars américains pour 60 à 65 millions d’habitants. En 2016, l’opinion s’attendait logiquement à un volume de recettes de l’ordre de 21 milliards de dollars US.

Au regard du projet de loi de finances rectificatif pour l’exercice en cours, les recettes publiques sont chiffrées à 7 milliards, c’est-à-dire au même niveau apparemment qu’il y a 4 ans, mais 70 à 80 millions d’habitants. En procédant au calcul en termes réels, c’est-à-dire à prix constants, les chiffres de 2016 sont même inférieurs à ceux de 2012. Est-ce un succès ou un échec pour vous, Monsieur le Premier ministre ? La création des richesses et la bonne tenue de notre économie que vous vous attribuez auraient dû se traduire par une meilleure mobilisation des ressources publiques. Ce qui n’est pas le cas.

L’appauvrissement de l’Etat, le plus grand pourvoyeur d’emplois en RDC, peut-il contribuer à enrichir le pays, son personnel et le peuple congolais ? J’en doute.

Dès votre avènement à la tête du gouvernement, vous avez introduit une réforme fiscale hasardeuse et douteuse : le remplacement de la Contribution sur le Chiffre d’Affaires (CCA) par la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA). Vous n’avez jamais produit un rapport d’évaluation de cette réforme afin d’en confirmer ou infirmer le bien-fondé.

La Cour des comptes a fait un constat amer et troublant : au cours de l’année 2014, vous avez financé plus de 190 projets non prévus au budget pour une valeur de près d’un milliard de dollars américains.

Est-ce de la bonne gouvernance ? N’est-ce pas l’enveloppe dont le pays a besoin pour organiser les élections en 2016.

Comme un éminent collègue l’a fait observer le jeudi dernier, la responsabilité politique du Premier ministre est totalement établie dans tout dérapage politique et toutes conséquences dommageables que le pays va connaître. Le peuple congolais s’en souviendra !

Répondant à la question orale avec débat du Sénateur Djoli, le 06 mai 2016, Madame la ministre du Portefeuille reconnaissait, que vous avez ponctionné dix millions de dollars américains des ressources générées par la Redevance Logistique Terrestre pour constituer le capital de Congo Airways, en violation de l’arrêté interministériel signé par plusieurs ministres sous votre autorité. Vous saviez pertinemment bien que les ressources de la RLT étaient exclusivement consacrées aux exploitations de la SCTP. Ce n’est pas tout, car vous avez également décidé d’acheter des locomotives en faveur de la SNCC. Voilà une autre preuve de mauvaise gouvernance.

Votre gouvernance est entachée d’une vague permanente de corruptions qui affecte tous les services de l’Etat et qui favorise un processus d’enrichissement rapide et illicite des membres du gouvernement et des responsables des services de l’Etat.

La primature dépense chaque plus du double du budget voté par le Parlement. Il ressort des informations en ma possession que la primature n’est pas bancarisée. Pourquoi deux poids, deux mesures. Que veut-on cacher ?

En maintenant le prix des produits pétroliers à la pompe inchangé, vous avez préféré sacrifier le bien-être de la population, à travers la baisse des tarifs des transports et du prix de revient des produits alimentaires et autres. Vous avez montré que le soulagement des souffrances de la population n’est pas votre priorité. Et pourtant, on gouverne pour satisfaire les besoins des populations.

Vous êtes sans ignorer que diverses autorités civiles et militaires de la RDC sont impliquées dans des opérations mafieuses.

Ces opérations concernent l’exploitation illicite des minerais, les exonérations accordées pour l’importation de certaines marchandises et le détournement des ressources fiscales à plusieurs niveaux, et ce toujours sans réaction de votre part.

Il me revient de constater que la décision que vous avez prise sur le dossier BIAC n’aurait pas été soutenue par une lecture professionnelle de la situation, étant donné l’importance de cette banque. C’est votre refus du refinancement de la BIAC qui a perturbé l’équilibre de cette banque et provoqué une surchauffe sur le marché monétaire et de change. En prenant cette décision, avez-vous pris en compte le fait que cette banque avait en charge la paie de plus de 40.000 agents et fonctionnaires de l’Etat éparpillés dans le pays et que 55 % de ses dépôts provenaient des ménages ?

Bien plus, à vous entendre parler du coût exorbitant du crédit en République Démocratique du Congo, j’ai eu le sentiment que la politique de votre gouvernement incitait la clientèle à financer le déficit opérationnel des banques plutôt que de pousser celles-ci à financer les activités de leurs clients. Un des plus grands supports de la croissance reste l’investissement qui lui-même dépend du financement et donc du crédit. Je relève là une contradiction fondamentale entre la politique du gouvernement et l’objectif de croissance qu’il s’est fixé.

Monsieur le Premier ministre,

Vous savez aussi bien que moi que la gouvernance n’est pas seulement économique. Elle est également politique, sociale et culturelle.

Ma curiosité sur votre politique en matière d’habitat ne trouve aucune réponse responsable. Vous me parlez du futur en mentionnant la destruction des bidonvilles et la réduction drastique du banditisme de rue. Je veux rester concret. Vous avez initié des projets dans le secteur de l’immobilier. Il s’agit de la Cité du Fleuve, de l’ex-Pépinière de Bandalungwa, de la Foire internationale de Kinshasa. Est-ce des logements sociaux pour les revenus modestes ? Savez-vous à quel prix peut-on acquérir un appartement dans ces immeubles ?

Je veux parler des logements à loyer modéré, à l’image des cités construites avant l’indépendance par l’Office des Cités africaines devenu Office national des logements, après l’indépendance. Je veux parler de la Cité Salongo, de la Cité verte, de la Cité Maman Mobutu où les fonctionnaires et les employés du secteur privé peuvent acquérir à crédit des logements décents et humains.

Je voudrais encore parler des casernes pour militaires et policiers. Avez-vous déjà visité une seule fois les camps Kokolo et Badiadingi où sont hébergés les militaires, les camps

Lufungula et Kabila où habitent les policiers ? C’est tout simplement ahurissant et scandaleux ! Tous ces Congolais vivent dans des conditions infra-humaines. On y trouve trois à quatre familles d’officiers dans une villa qui, jadis, était destinée à une seule famille. Je vous parle en connaissance de cause, car j’ai vécu au Camp Kokolo. Savez-vous qu’au Camp Kokolo, pour ne parler que celui-là, on y a érigé des cases comme dans un village et en pleine capitale ? Peut-on attendre de la combativité dans le chef des militaires aussi abandonnés ?

Monsieur le Premier ministre, quand vous répondez à ma préoccupation sur l’insalubrité à Kinshasa, vous préférez vider la pertinence de la question en alignant un chiffre : 1,4 millions de dollars américains que vous mettez mensuellement à la disposition de la Ville de Kinshasa. Soit ! Mais, la ville de Kinshasa, c’est la capitale, le siège des institutions de la République, le siège des représentations diplomatiques et de diverses organisations internationales, c’est une concentration de 8 à 10 millions de personnes vivant en promiscuité dans un espace de près de 700 km² sur une superficie totale de près de 10.000 km². Vous comprenez donc l’incidence de l’insalubrité, du  au non curage des cours d’eau et des caniveaux sur la santé et le bien-être de la population.

Je vous apprends qu’à une certaine époque – les années 1970- 1980 – que vous n’avez peut-être pas connue, les Kinois se souviennent encore des avions qui survolaient la capitale pour épandre des insecticides dans le cadre du programme de salubrité publique.

Tout ceci, Monsieur le Premier ministre, pour vous dire que vous ne palpez pas du doigt les réalités du pays. Par exemple, on ne vous a jamais vu à Boende, Bukavu, Bunia, Buta, Gbadolite, Gemena, Isiro, Kamina, Lisala, Lodja, Mbandaka et j’en passe. Vos voyages sont plus orientés vers l’étranger pour des raisons faciles à deviner. Vous gouvernez donc un pays, mieux un sous-continent, que vous ne connaissez que sur papier.

En résumé, Monsieur le Premier ministre, vous avez fait perdre du temps et des opportunités à la République. Le secteur minier a obtenu des résultats record en termes de production et de cours de matières premières, sans que le pays n’ait réussi à constituer des réserves substantielles pour relancer les secteurs agricole et manufacturier, transfigurer l’économie congolaise et amorcer un réel élan vers l’émergence.

Monsieur le Président,

Estimés collègues,

Je voudrais passer au second volet de ma conclusion quant à la gestion des ressources humaines.

Monsieur le Premier ministre,

J’apprécie à sa juste valeur la réforme que le gouvernement a entreprise en vue de rendre l’administration publique congolaise productive, performante, capable de rendre à la population les services attendus par celle-ci. Mes préoccupations ne portaient absolument pas sur la réforme en  cours, pas non plus sur des dossiers individuels, comme vous semblez le banaliser dans votre réponse.

Mes préoccupations concernent le malaise qui a élu domicile au sein de l’Administration publique et qui se traduit par des mesures arbitraires et intempestives de révocation, de suspension, de mise à la retraite au mépris des textes législatifs et réglementaires en vigueur, la lenteur dans le traitement des dossiers des agents de carrière de l’Etat, des nominations sur fond de népotisme, clientélisme, tribalisme, la léthargie voire le laxisme dans la correction des décisions prises par erreur ou encore entachées d’irrégularités, du reste souvent reconnues par le gouvernement.

Ce sont des milliers de fonctionnaires qui sont affectés par ces injustices. Chaque ministre doit mettre en place une équipe clientéliste de fonctionnaires, et toujours avec votre bénédiction. Ainsi, des secrétaires généraux, des directeurs et d’autres cadres sont suspendus ou désaffectés sans raison apparente. D’autres sont traduits faussement en justice, et quand bien même ils s’en sortent faute de preuve, les ministres refusent de les replacer dans leurs fonctions et grades.

Quand on parle de milliers, il s’agit au moins d’une dizaine de milliers de personnes dépendantes (épouses, enfants, autres membres de famille) qui sont en détresse et qui ne savent à quel saint se vouer. Pas besoin de dessin pour comprendre.

Quand on aborde la question des retraités civils et militaires, il s’agit des hommes et des femmes qui se sont mis au service de la nation congolaise et qui méritent la reconnaissance de l’Etat.

Là aussi, Monsieur le Premier ministre, ce sont des milliers de personnes qui sont vouées aux gémonies.

Ces deux catégories d’agents et fonctionnaires ont été engagés par l’Etat représenté successivement par Joseph Kasa-Vubu, Mobutu Sese Seko, Laurent Désiré Kabila et aujourd’hui Joseph Kabila. Ils ont servi la nation sous Lumumba, Adoula, Tshombe, Mulamba, Mpinga, Bo-boliko, Ngunz, N’singa, Kengo, Mabi, Sambwa, Lunda-Bululu, Tshisekedi, … jusqu’à vous. Ce n’est ni humain, ni responsable d’évoquer l’antériorité des dossiers par rapport à vous :

les hommes passent, les institutions restent. C’est cela le principe de la continuité de l’Etat que vous devez intérioriser.

Monsieur le Premier ministre, permettez-moi de vous dire que vous n’êtes pas un Saint. Les fonctionnaires connaissent vos relations avec plusieurs agents et fonctionnaires, bombardés de grades pour exercer des fonctions lucratives dans l’administration des finances, les régies financières ou les entreprises. Pensez-vous à leur sort après votre départ ? Je voudrais vous ramener tout simplement au respect des principes, à la bonne gouvernance, à l’équité, à la justice et à l’humanité.

De toutes les quatre questions que j’ai posées, vous n’avez répondu à aucune. Est-ce pour dire au peuple congolais que l’actuel premier ministre tourné vers les institutions financières internationales n’est nullement redevable vis-à-vis de son peuple ?

Il y a des revendications dans la quasi-totalité des ministères et des services publics. Je vous prie de vous pencher sur ces requêtes. Montrez, Monsieur le Premier ministre, que vous aussi, vous avez un cœur fait de chair et non de matière inerte.

Démontrez que vous pouvez être sensible aux souffrances de vos compatriotes.

Malgré votre promesse au Président du Sénat, il y a douze mois, je n’ai pas l’impression qu’il y ait un début de solution. Ne sous-estimez pas les cris de ceux qui souffrent et qui croient mordicus que vous pouvez soulager leurs peines. Le Dieu que vous et moi prions à tout moment n’aime pas l’injustice. Il prêche l’amour du prochain.

Monsieur le Président,

Messieurs les membres du Bureau,

Mesdames et messieurs les Sénateurs et très chers collègues,

Je voudrais terminer en réitérant à Monsieur le Premier ministre mon doute et ma déception quant à son action depuis 4 ans, presqu’une législature.

Les beaux discours au parlement, dans les universités étrangères et auprès des organisations internationales, les résultats affichés et claironnés sur la croissance inclusive, la stabilité du cadre macroéconomique, la stabilité du taux de change et du franc congolais n’ont plus de sens quand le budget de 2016 est au même niveau que celui de 2012. En termes réels, il est même plus réduit.

Quelles fleurs le Premier ministre peut-il se jeter quand quatre années durant, il n’a même pas soumis au Parlement un projet de Plan quinquennal ou encore triennal, quand il ne donne aucune statistique concrète de la production agricole.

Rappelez-vous, chers collègues, la leçon de gouvernance nous administrée par la Côte d’Ivoire.

Conduire la politique de la nation, ce n’est pas toujours se référer au passé pour masquer ses insuffisances à opérer de bons choix, à arbitrer les conflits sociaux, à réduire les inégalités, à lutter contre la corruption, à combattre le sous-emploi et le chômage, à améliorer au quotidien le sort de ses concitoyens, objectif ultime de toute politique économique.

Conduire la politique de la nation, c’est assurer, envers et contre tout, la sécurité intérieure et extérieure de son pays. A Beni, chers collègues, chaque jour qui passe, des vies humaines sont fauchées. Est-ce des mouches ou des moustiques ? N’est-ce pas des êtres humains créés à l’image et à la ressemblance de Dieu ?

Le gouvernement, lui, reste muet, mieux insensible. Personne ne descend sur le terrain pour compatir avec les populations meurtries, pour requinquer les troupes en opération.

Le gouvernement préfère financer et organiser soi-disant des marches pour la paix pendant qu’il ne fait strictement rien pour mettre fin au génocide et pour arrêter les infiltrations autorisées vers le Nord-Kivu et l’Ituri, germe des conflits sociaux et peut- être armés de demain.

Conduire la politique de la nation, c’est chercher à savoir ce que veulent les Congolais, à trouver des solutions idoines à leurs préoccupations. A quoi ça sert de gouverner plusieurs années, sans qu’il y ait de l’eau potable, de l’électricité, des logements sociaux, de la salubrité publique, des denrées alimentaires à prix abordable, des soins médicaux à des coûts supportables ?

Je dois vous avouer que je ne suis pas satisfait des réponses du Premier ministre à qui je conseille de l’humilité et de l’humanité.

Monsieur le Président,

Distingués collègues,

L’article 157 de notre Règlement intérieur me confère le droit de transformer ma question en interpellation.

Je ne le ferai pas. Je mets le Premier ministre devant ses responsabilités et sa conscience.

Je vous remercie pour votre attention et votre patience.

Kinshasa, le 06 juin 2016

Florentin Mokonda Bonza

Sénateur

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