samedi , 16 décembre 2017
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Photo du premier ministre de la RDC
Augustin MATATA PONYO MAPON, premier mistre de la RDC.

RDC : Les perspectives économiques en berne

La RDC fait face à une triple crise : la crise politique et sécuritaire ; la crise économique et financière ; la crise sociale. Normalement, le gouvernement devrait être en train d’admirer son « œuvre grandiose » réalisée durant cette mandature. Certes, le gouvernement Matata a beaucoup fait mais la situation réelle de la RDC est tout sauf reluisante.

Alors que la crise politique ne fait l’ombre d’aucun doute en cette fin de quinquennat, la République démocratique du Congo (RDC) voit aussi ses perspectives économiques en berne. Pourtant, Kinshasa garde intacte son ambition légitime d’émergence à l’horizon 2030.

Le génie des dirigeants congolais sera, dès lors, de montrer comment faire face à des défis colossaux avec de maigres moyens dans une situation économique mondiale fragile.

La RDC se trouve dans une situation confuse en cette fin de quinquennat. Au niveau politique, la tension est préoccupante. Au plan économique, le gouvernement paie le prix de la non-diversification de son économie et se trouve frappé de plein fouet par la situation fragile de l’économie mondiale.

Adieu la croissance à deux chiffres. Le record de 1970, un taux de croissance de 9,7%, n’aura pas été battu. A dieu aussi l’atteinte d’un budget cumulé de 48 milliards Usd à la fin du quinquennat.

Alors qu’en 2016 le gouvernement devrait avoir un budget annuel de 15 milliards Usd, il sera  plutôt de 6 milliards Usd, soit moins de la moitié des ambitions du début de la mandature. C’est clair, le gouvernement aura moins de moyens pour réaliser ses pouvoirs régaliens cette année.

Voilà qui fait dire à Adolphe Muzito, économiste et Premier ministre honoraire, que la RDC fait face à une triple crise : la crise politique et sécuritaire ; la crise économique et financière ; la crise sociale. Normalement, le gouvernement devrait être en train d’admirer son « œuvre grandiose » réalisée durant cette mandature. Certes, le gouvernement Matata a beaucoup fait mais la situation réelle de la RDC est tout sauf reluisante.

Maigres moyens face aux défis colossaux

Les défis congolais sont colossaux. Kinshasa est bon dernier dans beaucoup de palmarès. Le PIB par habitant en RDC est à 740 Usd, en deçà de la moyenne de l’Afrique subsaharienne estimée  2 000 Usd.

Le Congolais vit avec 1,40 Usd par jour contre une moyenne subsaharienne de 3,50 Usd par jour. L’IDH en RDC s’élève à 0,450 en dessous de la moyenne des pays pauvres qui se situe à 0,600.  Les taux de desserte en électricité et en eau potable sont respectivement de 9% et 28% contre des moyennes africaines de 40% et 50%.

L’enveloppe pour l’électrification totale de la RDC est de 62 milliards Usd, selon le PNUD. La RDC s’est engagée au plan des Nations unies d’électrification universelle pour éclairer le pays à 100% d’ici à 2030 ! Sur les 154 000 km de routes, à peine 6 000 sont asphaltées, soit moins de 5%. Dans la capitale Kinshasa, 95% des routes sont en détérioration.

La RDC n’a jamais entamé le projet de construction de 2 millions de logements sociaux, d’un trait, et de 500 000 logements par an durant dix ans pour compenser son gap de l’habitat, selon une étude menée il y a plus de dix ans par le ministère congolais de l’Urbanisme et Habitat. Les chemins de fer dans le Sud-est sont globalement hors d’usage en dépit de l’acquisition de quelques locomotives pour la SNCC. Il en est de même des chemins de fer des Uélé. Cinquantaine aérodromes congolais ne sont toujours pas modernisés.

La réforme des entreprises publiques n’a été qu’un mirage. Aucune de ces entreprises publiques n’a des états financiers sains à ce jour. Le pays s’enrichit chaque année d’environ 2 millions de naissances. Le PNUD estime la population congolaise à plus de 100 millions d’habitants en 2030. Le pays n’est pas industrialisé. Le Congolais consomme ce qu’il ne produit pas et produit ce qu’il ne consomme pas. Autant de défis qui appellent des réponses des dirigeants.

Alors que Kinshasa garde ses ambitions d’émergence en 2030, les fondamentaux économiques se déprécient peu à peu. Les réserves internationales ne sont que de 1,2 milliard Usd, à peine pour 5 semaines d’importations des biens et services. Le franc congolais se déprécie depuis le début de l’année face au dollar américain, rognant davantage le pouvoir d’achat des gagnepetits. La production minière baisse en même temps que les recettes s’amenuisent du fait de la détérioration des termes de l’échange. Il y a de quoi s’inquiéter, car l’émergence suppose toujours un développement rapide. Ce n’est pas encore le cas de la RDC.

L’alerte du Fmi

« La reprise de l’économie mondiale se poursuit, mais elle est toujours plus lente et de plus en plus fragile », note le FMI dans son récent rapport d’avril 2016 sur les perspectives économiques dans le monde. Parlant de l’Afrique subsaharienne, le FMI souligne que l’activité économique a nettement ralenti, que la croissance, qui était déjà tombée en 2015 au plus bas niveau depuis le début du siècle, devrait ralentir encore en 2016, pour se situer à 3 % l’an ».

Bref, cette institution de Bretton Woods promet stagnation économique pour la majorité des pays, une petite progression pour les plus chanceux et les mieux gouvernés, et carrément la régression pour ceux, très nombreux d’ailleurs, qui sont mal gouvernés.

Le FMI en conclut qu’« un changement de cap s’impose ». Pour cause, parmi les risques purement économiques, il convient de noter un retour des troubles financiers, qui mine la confiance et la demande.

« En dépit du rebond récent des prix des actifs, les conditions  financières aux États-Unis, en Europe et au Japon se durcissent depuis le milieu de 2014. Ces craintes subsistent et valent particulièrement pour les pays émergents et les pays en développement.

La Chine, qui est aujourd’hui la plus grande économie du monde en parité de pouvoir d’achat, gère une transition cruciale mais complexe vers une croissance plus durable, fondée sur la consommation et les services », explique le Fmi.

L’émergence ne se décrète pas

Dans la perspective de l’émergence en 2030, les dirigeants congolais ont l’obligation de consolider, en premier lieu, le processus de démocratisation en organisant les élections à tous les niveaux. Sans légitimité des animateurs d’institutions, il n’y aura pas de stabilité politique.

Pire, l’image de la RDC sera écornée au niveau international avec tous les désagréments que cela implique, notamment la rupture de la coopération internationale.

Ensuite, le gouvernement devrait engager des réformes pour diversifier son économie.  Au départ, la RDC est une puissance agricole et énergétique. Ces atouts ne sont toujours pas exploités.

La transformation des matières premières est quasi nulle en RDC. Il faudra industrialiser le pays. Aucun pays n’a émergé du sous-développement sans industrie.

Dans une économie libérale, ce sont les investissements privés qui boostent le développement. Enfin de compte, il faudra une juste redistribution des revenus. Il est vain de prétendre à l’émergence, si l’on n’a pas une population bien éduquée et en bonne santé.

[Amédée Mwarabu Kiboko]

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