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Francois NGOMBE BASEKO dit Me Taureau

DCMP : Hommage à François Ngombe Baseko, dit Me Taureau

C’était une célébrité et l’une des grandes personnalités culturelles et sportives de la capitale congolaise depuis les années 1940. Il fut un dignitaire d’Etat. Le chancelier des Ordres nationaux, le général des corps d’armée Nkulufa Lombindo, l’a admis dans l’Ordre national du Léopard en 1990. A l’époque coloniale, Maître Taureau a été la plus grande vedette congolaise.

Passionné de la culture et de la musique, il était auteur des œuvres musicales et théâtrales, organisateur des spectacles et des soirées festives, mécène culturel, encadreur, promoteur des orchestres, joueur de football et bureaucrate. Il fut un maître émérite des danses modernes et folkloriques. Il fut un véritable kinois qui a vécu la transformation et le développement de la ville de Kinshasa.

A un moment donné, il était le président du comité de sages de l’équipe Daring club motema pembe (DCMP). « A chacun ses mines », disait Socrate. Il était né pour la culture. Lui, c’est Maïtre Taureau, de son vrai nom François Ngombe Baseko. Taureau vient de la traduction de son patronyme « Ngombe » qui signifie en français « le mâle de la vache ».

Il est né en 1922 de la tribu Banunu-Bobangi dans la cité de Bolobo,  située aux confins du fleuve Congo, dans le Mai-Ndombe. Orphelin très jeune quitte Bolobo pour la ville de Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa. C’était en 1934. Ils habitent le quartier Bruxelles Baluba (CITAS) à Barumbu. En 1935, il est admis à l’école catholique Saint Joseph du Père Raphael de la Kethule de Rhyove, dans l’enceinte de la paroisse Sainte Anne. En 1936, Père Raphael de la Kethule l’associe avec tous les jeunes de sa génération, à la création de l’équipe de football Daring club. Au début, il endosse le maillot n° 10.

Musicien et encadreur de jeunes

En 1943, il monte l’orchestre « Victoria Kin ». Il recrute Paul Mwanga et Antoine Bongongo dit « Wendo ». Cet orchestre épatait tout le monde. Bon danseur, il fit partie dans ce groupe musical comme fondateur, conseiller artistique et encadreur. Leur complicité avec Wendo était grande. Affectueusement, ils se dénommaient « Elobi » (Maître Taureau) « Na yoki » (Wendo).

Las de servir le vieux Daniel Musoko, le sponsor de Victoria Kin, qui fut laborantin à l’hôpital général, ils plièrent bagages pour aller créer un autre groupe musical dénommé « Vastoria ». Comme il répugnait les seconds rôles, il devint carrément chanteur. Et, en l’absence de l’un (Paul Mwanga) ou de l’autre (Wendo), c’était lui qui battait la mesure. C’était un orchestre vocal, « patenge », grosse caisse, « mukwasa », « maracas (boîte de lait avec caillasse), contrairement avec leurs concurrents, les orchestres « Odéon kinois », « Martiniquais », « Américain », qui jouaient déjà avec des instruments à vent.

Pour maintenir la concurrence avec Victoria-Brazza de Paul Kamba, Maître Taureau s’en alla monter un autre Vastoria, à Brazzaville. Il monta au même moment, une troupe d’animatrice qu’il a dénommée « La reine politesse ». Sa mission était de soutenir le succès de Vastoria-Brazza. En ce temps-là, les femmes avaient coutume de se réunir en associations. On y retrouvait les plus belles filles de Léopoldville. Grâce à son imagination extraordinaire, il eut un beau jour de 1952, l’idée de les confronter.

Maître Taureau sortit ses premières œuvres sur disque aux éditions Loningisa de Papadimitriou. Notamment : « Congo ya sika », « Kalaka na bureau monene », « Nzungu te, sani te », « Albertine mokonzi ya bar » et « Likambo monene eluki ba nganga ». Lucie Eyenga a participé à la réalisation de quelques morceaux précités. C’est avant cette belle époque que Maître Taureau fit la connaissance de Joseph Kabasele dit Kallé Jeff et de Luambo Makiadi dit Franco.

Clerc à la CMB, à l’ETERZA et à PEK

Travailleur consciencieux, Mapitre Taureau a su graver les échelles en commençant sa carrière bureaucratique par être dactylographe, jusqu’à devenir directeur administratif. Il a dirigé les universitaires et assumait l’intérim des directeurs généraux. Il a interrompu ses études en 5ème année primaire. Il m’a dit un jour, qu’« il a ramassé l’intelligence en cours de route ».En 1946, un ami négocie son engagement à la Compagnie maritime belge (CMB). Il fut « Meilleur dix doigts » de Kinshasa au concours de la dactylographie. Depuis ce jour, par curiosité, quand il travaillait au building Forescom, les Européens, comme les Noirs, étaient venus de toute part pour voir comment  Maître Taureau manipulait la machine à écrire. En 1948, il quitte la CMB pour la société ETERZA. Une année après, il va à  la Plantation et élevage de Kitobola (PEK) où il est resté de 1949 à 1965.

Organisateur des spectacles et mécène

Maître Taureau demeure la plus grande vedette congolaise depuis l’époque coloniale. Depuis sa naissance, il était passionné de la culture te de la musique. Il aimait dire : « J’aime beaucoup la culture et comme un homme vivant doit bouger, je dansais ». Quand il dansait, il n’avait pas de concurrent sur les deux rives du fleuve Congo. D’ailleurs, le 4 décembre 1948, l’administrateur colonial Emmanuel Capelle lui décerne un diplôme artistique. Il fut la grande célébrité de Léopoldville.  Il fut également un grand organisateur et promoteur des spectacles des jeunes de Léopoldville. De 1948 en 1972, Maître Taureau était le patron incontesté des soirées récréatives dans la capitale. En ce temps-là, il était le gestionnaire du Parc de Boeck, devenu plus tard Parc de la révolution et puis  Jardin botanique de Kinshasa. La moitié des recettes était versée aux œuvres philanthropiques des orphelins de l’hôpital général.

Selon lui, en 1935, la ville ne s’étendait que du fleuve Congo à l’actuelle avenue Kato. Les bars n’existaient pratiquement pas,  les loisirs étaient rares. Il y avait toutefois des petits groupes vocaux qui animaient les week-ends. C’était dans des parcelles ou dans des coins de fortune. Maître Taureau eut l’insigne honneur d’y recevoir les plus hautes sommités culturelles, politiques et sportives du continent africain et du monde. Même les autorités belges lui confiaient les prérogatives de l’organisation des cérémonies officielles et des toutes les manifestations de la fête nationale belge du 21 juillet.

Concours de beauté et d’élégance « Miss »

Maître Taureau eu l’idée d’organiser des concours d’élégance et de beauté en 1952.C’était parti pour les « concours Miss »,  pour couronner le tout. En 1955, les Belges l’associent à l’organisation du concours des Miss. Ses meilleures partenaires furent les dames Luila et Mansanga, membre de l’association « L Joie » (Bana la joie). La même année, il devient membre de MEO (Association internationale de l’organisation des concours sMiss), Maître Taureau fut parmi le premier contingent des notables congolais invités à l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1958. Nous lui reconnaissons l’organisation pour la première fois en RDCongo du concours Miss et l’admission de la République Démocratique du Congo à l’organisation Miss Monde. En 1968, c’est Maître Taureau qui, pour la première fois, a conduit à Miami Beach dans l’Etat de Floride aux Etats-Unis d’Amérique, la Miss Congo, Mlle Tavares, pour affronter les plus belles filles de l’Univers.

Organisateur des ballets

Leader en 1948 d’un grand concours de danses modernes qui a mis en lice danseurs brazzavillois et kinois. Dès le début de la décennie 1950, Maître Taureau faisait la promotion du théâtre avec la troupe Lifoko de Mongita et celui de Disasi, où ils faisaient le théâtre populaire. Maître Taureau crée en 1950 son propre groupe de danse folklorique, puis le Ballet national congolais, BANACO en 1956. Cette dernière troupe, comme la première, excelle dans l’animation et les présentations des soirées récréatives, dont une partie des bénéfices étaient versée au compte des œuvres sociales et philanthropiques.

En 1957, il fonda une école de danses folkloriques et modernes (Rumba, Cha cha cha, Boléro, Tango, la marche, le valse, pachanga, charanga, le jazz, le swing, boogy, be bop, etc.). En 1960, Maitre Taureau fonda la CULTRANA (Culture traditionnelle négro-africaine), dont il fut le directeur artistique. Il s’est particulièrement distingué dans l’organisation des bals populaires, contribuant ainsi largement à la promotion de la culture congolaise. Il n’existait en ce moment qu’un bureau de la culture au Département de l’Information. Il en fit tout un département, tout un ministère. La CULTRANA réserva un accueil délirant à la « Légende du Jazz », le saxophoniste noir-américain Louis Armstrong, lors de sa visite à Kinshasa en 1960. En 1965, le président Mobutu le transformera au Conservatoire national des arts et de la culture.

En 1967, le Président Mobutu lui confia la charge d’organiser des soirées récréatives sur toute l’étendue de la ville de Kinshasa. Au cours des fêtes de fin d’année, on pouvait lire sur les affiches : « Allo ! Allo ! Kin-Ville. Citoyennes et citoyens. Un pays sans loisirs est un pays dans l’agonie. Maitre Taureau, la vedette des vedettes réapparaît. Déjà au cours des fêtes, dimanche 24 et 31 décembre 1967 au Parc de Boeck. Sous le haut-patronage du président de la République et au profit des orphelins de l’Hôpital général. L’occasion a été redonnéeà la population de revivre les belles soirées d’antan. C’était avec la participation des grands orchestres comme O.K Jazz, Révolution, African fiesta national et African fiesta sukisa. Il organisa aussi des tombola.En 1984, le ministre Mutuza Kabe le nomme, sur instruction du Maréchal Mobutu Sese Seko directeur administratif du Théâtre national Mobutu Sese Seko.

Emancipation et Continental

En 1966, le président Mobutu nomme Sophie N’Kanza première femme ministre, et incorpore les filles dans l’armée. C’était au moment où le monde entier parlait de l’émancipation de la femme. Sophie N’Kanza est la première africaine ministre et également, la première femme diplômée d’université. Deux ans après, en 1968,Maitre Taureau monte le premier orchestre féminin d’Afrique, dénommé « Emancipation », composé essentiellement  des musiciens femmes. Il faut relever qu’en 1969, il a pesé de tout son poids pour que Rochereau Pascal Tabu et l’African Fiesta National puisse se produire à l’Olympia. En 1970, il négocia la venue et la représentation du canadien Toubi, l’homme le plus gros de la planète. En 1971, Maitre Taureau monte l’orchestre Continental. Cet orchestre est composé de jeunes comme Josky Kiambukuta, Filo Nkola, Blaise-Pasco Wuta Mayi, Tino Mwinkua, Nioka Serpent, Bopol Mansiamina,etc. Continental a connu un grand succès avec des œuvres comme « Jean-Serge », « Mokili », « Zala mayele », « Nzambe alalaka te », « Béa omikebisa », « Muana Samba », etc.

L’orchestre Continental a récolté un franc succès, au point que ses éléments ont été recruté par l’African fiesta Sukisa de Docteur Nico, l’African fiesta National de Rochereau Tabu et l’Afrizam de Pépé Ndombe. En 1973, l’O.K Jazz décide de changer le fusil d’épaule, en commençant le débauchage des éléments d’autres orchestres. Josky Kiambukuta, le pillier de l’attaque chant et Wuta Mayi sont recrutés par l’O.K Jazz, Bopol Mansiamina va dans l’Afrisa, Serpent va chez Kazembe Gérard. Tino Mwinkua va à Brazzaville.

Sambole Lisano

En vue de sauvegarder le patrimoine culturel légué par nos ancêtres, Maitre Taureau monte en 1972, la troupe « Sambole Lisano », qui se composait des petits chanteurs, d’une troupe théâtrale populaire, des acrobates, un homme qui broutait des lames rasoir et d’un groupe de danseurs. Maitre Taureau est le père du théâtre populaire en RDCongo. Il faut entendre par « théâtre populaire », le spectacle puisant ses thèmes dans la vie courante, lesquels thèmes sont traités sans artifice. Soit pour instruire soit pour éduquer. Au-delà de la simple distraction ou du rire. Il débouche généralement sur une moralité de consensus populaire. Sambole Lisano récolte un franc succès à travers le monde. Le chef de troupe fut Botalibo Ikolango, qui est également l’acteur principal attitré. Surtout lors de leur tournée en Suisse, en Belgique, en France, au Maroc et en Iran. Maitre Taureau est le seul qui ait organisé des spectacles populaires à Kinshasa, et à l’intérieur du pays, avec sa troupe « Sambole Lisano », dont la gloire a dépassé les frontières continental.

Quand on avait six et sept ans, on suivait sur la télévision nationale, un spectacle qui se déroulait en la salle du parti (aujourd’hui salle Mongita) sur  « Une pluie de makuta pour Tutu ». Un bout d’homme dansait, c’est lui Tutu. Au rythme de la musique entrainante de l’orchestre Continental, Tutu, dégagé et souriant, se surpassait sur le podium. De bout en bout, musique, danse, déplacement, arts martiaux, la moralité du « sketch salongo », le tout à la fois symbolisait le spectacle « Sambole Lisano ». Lequel avait gardé sa réputation de pépinière des acteurs les plus populaires de Kinshasa. Les scénarios de ses sketchs étaient toujours moralisateurs. En dehors de « Une pluie de makuta pour Tutu » et « Salongo », il y avait « Soso tika ngai, na ko lia yo lisusu te », et d’autres également.

Dans le cadre de la décentralisation des pouvoirs annoncée par le président Mobutu dans son discours du 1er juillet 1977 à N’Sele, la troupe « Sambole Lisano » a cessé de relever du bureau du président de la République pour être mise, par l’Ordonnance présidentielle 78 ∕ 115 du 15 mars 1978, sous la tutelle du Département (Ministère) de la Culture et des Arts. En vertu de ce texte légal, le responsable des arts ordonna aussitôt au directeur de la troupe, Maître Taureau, d’installer ses pénates au secrétariat général du département. Simultanément, un inventaire de tous les biens de la troupe fut ordonné. Refus de Maître Taureau. Ce dernier identifia cet inventaire à une remise et reprise ». Il  argua que sa troupe disposait dans sa parcelle des installations appropriées où devaient fonctionner salles de répétitions et bureaux. Selon lui, le département n’avait qu’à exercer son droit de contrôle. Sa compétence ne pouvait être qu’indirecte, sans plus.

Ainsi a été consommé le divorce entre Maitre Taureau et le département de la Culture et des Arts, longtemps restés, le premier sur ses positions et le second sur ses gardes. C’est la fin de Sambole Lisano.Maitre Taureau s’est rabattu, depuis, sur son Ballet national congolais, BANACO, qu’il rebaptisa Ballet Salongo Bonganga, BSB, qu’il a reconstitué avec les quelques acteurs de Sambole Lisano qui avaient refusé de rallier le gros du troupeau pris en charge par le département. Aile département avait annoncé sa première sortie le 16 septembre 1978. C’était un défi lancé à Maitre Taureau pour lui prouver que Sambole Lisano avec ou sans lui continuera à vivre. Niet. Maitre Taureau a prouvé par ses capacités d’entretenir une troupe privée, son Etat-major fonctionnait et les répétitions ont doublé de cadence.

Daring Club Motema Pembe

A la création de Daring club, le 22 octobre 1936, il était, avec Cyrille Adoula, Holden Roberto et Joseph Ileo, aux cotés de son fondateur Père Raphael de la Kethule. A sa mort, il était président du comité des sages de cette équipe.

Pour rappel, les joueurs Bobo Bobutaka Bokina, Libabela Bobutaka Bateko et   Lobilo Boba furent de la même famille biologique que Maître Taureau Ngombe Baseko François.

[Jeannot ne Nzau Diop. Journaliste, homme de culture et critique d’art (CP)]

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