samedi , 16 décembre 2017
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Photo du premier ministre de la RDC
Augustin MATATA PONYO MAPON, Premier Ministre de la RDC.

RDC : Entre MATATA et sa Majorité, c’est le bal des chauves

On aurait souhaité voir l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo (RDC) faire preuve de la même promptitude dans des dossiers cruciaux qui touchent à la vie nationale, tels que les tueries en série de Beni ou l’enlisement du processus électoral. Mais, la chambre basse du Parlement, ce « temple de la démocratie », selon le vœu exprimé par son président à son installation au perchoir, a d’autres priorités. La BIAC passe avant tout. Le bureau de l’Assemblée nationale a trouvé dans la déroute de cette banque un beau raccourci pour régler des comptes au Premier ministre Matata. Entre Matata et sa Majorité, c’est le bal des chauves.

On sait comment se dénouent les motions à l’Assemble nationale. On sait également comment le bureau recadre le débat au sein de l’Assemblée nationale. A l’Assemblée nationale, tout est calcul politique.

Alors que l’examen de la loi électorale – promesse de son président le 15 mars 2016 – est relégué aux oubliettes, l’Assemblée nationale s’est totalement approprié le dossier de la BIAC (Banque internationale pour l’Afrique au Congo). La raison est bien simple.

En effet, la situation de la BIAC implique d’une certaine manière le gouvernement, plus explicitement son chef, le Premier ministre, Matata Ponyo Mapon, dont les rapports sont tendus avec celui qui trône au perchoir de la chambre basse du Parlement. Ce qui explique tout l’intérêt du bureau de l’Assemblée nationale sur ce dossier. Au bureau de l’Assemblée nationale, tout ce qui touche au Premier ministre est classé urgent.

C’est mal connaitre la bataille politique qui se joue autour de la BIAC que de croire à ce que les motivations de l’Assemblée nationale ne tiennent, comme le rappelle le président dans son communiqué du 24 mai 2016, qu’à « veiller à la protection des dépôts de 300.000 clients de la Banque Internationale pour l’Afrique au Congo «BIAC» ce, conformément aux articles 30 et 74 de la loi n° 003/2002 du 02 février 2002, relative à l’activité et au contrôle des établissements des crédits ».

En réalité, le bureau de l’Assemblée nationale a trouvé en ce dossier l’occasion de déstabiliser le Premier ministre qu’il considère, jusqu’à preuve du contraire, comme le seul responsable de la déroute de cette banque.

Ainsi, en adjoignant au gouvernement – indirectement au Premier ministre Matata – « le remboursement, dans un plus bref délai, des créances de la BIAC arrêtées à 30 millions Usd », l’Assemblée nationale fait tomber le voile qui couvre son action.

Malheureusement, dans son empressement, le bureau de l’Assemblée nationale ne cerne pas le vrai problème.

Faux-fuyant

En effet, l’analyse de l’Assemblée nationale est totalement partiale. Elle tente de couvrir l’entière responsabilité de la Banque centrale du Congo dans ce dossier. Ainsi, le président de l’Assemblée nationale est convaincu que la Banque centrale du Congo n’avait pas eu les mains libres dans la gestion de ce dossier.

C’est notamment lorsqu’il rappelle, dans le même communiqué, « la nécessité » pour la Banque centrale du Congo de « cristalliser son indépendance, conformément à l’article 176 de la Constitution et l’article 3 de la loi n°005/2002 du 07 mai 2002 relative à la constitution, à l’organisation et au fonctionnement de la Banque Centrale du Congo ». Qui l’a donc remise en cause?

Sur ce point précis, le président de l’Assemblée nationale se montre muet. Mais, on sait extrapoler. Sa recommandation vise directement le Premier ministre qui, selon lui, aurait influencé les décisions de la Banque centrale du Congo. Ce qui est totalement faux.

Car, en tant que régulateur du système bancaire national, la Banque centrale du Congo jouit de toute la liberté dans la réalisation de sa mission. Croire que le Premier ministre a influencé ses décisions pour le cas particulier de la BIAC, c’est mal connaitre l’organisation et le fonctionnement du système bancaire congolais.

En réalité, dans le dossier de la BIAC, la Banque centrale du Congo doit avoir le courage de s’assumer. Elle a, depuis des années, couvert de graves irrégularités qui se commettaient dans cette banque. Le Fonds monétaire international a, à maintes reprises, tiré la sonnette sans jamais trouver gain de cause.

Le seul péché commis par le gouvernement et qui lui vaut aujourd’hui la fatwa du bureau de l’Assemblée nationale est d’avoir appelé la Banque centrale du Congo à mettre fin à la réanimation financière de la BIAC pour éviter une contamination de l’ensemble du système financier national.

On en a déjà eu pour preuve la dégringolade du franc congolais sur le marché des changes de ces derniers, due en grande partie aux importantes masses monétaires – sans contrepartie – injecter dans l’économie, via la BIAC. En effet, cette création monétaire n’a pas trouvé du répondant dans l’économie. Ce qui a fini par déséquilibrer l’offre et la demande de monnaie sur le marché monétaire relançant la dépréciation du franc congolais par rapport aux différentes devises étrangères, principalement le dollar américain.

La BIAC ne tenait qu’à un fil. Des experts les plus objectifs partagent ce point de vue. Depuis bien longtemps, son compte d’exploitation était en déséquilibre. Mais, pour des raisons qu’elle est la seule à connaitre, la Banque centrale du Congo a fermé les yeux, jusqu’à ce que le gouvernement la contraigne à couper le cordon financier avec cette banque. L’arrêt d’assistance financière a donc suffi pour ramener à la surface toutes les difficultés dans lesquelles était plombée la BIAC.

Pourquoi la Banque centrale a fermé les yeux sur la descente de la BIAC ? Voilà la question sur laquelle le bureau de l’Assemblée nationale devait en toute logique orienter ses analyses. Mais, pour des raisons politiques, son président a préféré se concentrer sur le Premier ministre, passant outre le vrai coupable, c’est-à-dire la Banque centrale du Congo.

S’acharner, comme le fait le bureau de l’Assemblée nationale, sur le gouvernement pour expliquer la situation désastreuse de la BIAC, c’est faire preuve soit de mauvaise foi soit d’une volonté délibérée de taire les causes lointaines de la faillite annoncée de cette banque.

La régulation du système bancaire congolais, autrement dit de la fiabilité des banques commerciales, est de la compétence exclusive de la Banque centrale du Congo. C’est sur les recommandations de l’Institut d’émission, loin des regards du gouvernement, que des banques telles que la Nouvelle banque de Kinshasa (NBK), la Banque congolaise du commerce extérieur (BCCE, ex-Banque du peuple), la Banque congolaise et bien d’autres ont été liquidées.

C’est aussi la même Banque centrale qui a mis en place dans chacune de ces situations des comités de liquidation pour boucler toutes les opérations de dissolution. En aucun cas, la Banque centrale n’a eu recours au gouvernement. Alors, pourquoi devait-il en être autrement pour le cas de la BIAC ?

Il faut dire que, de bout en bout, la Banque centrale du Congo a géré en toute indépendance le dossier de la BIAC – le gouvernement n’ayant intervenu que lorsque la machine commençait à gripper au risque de fragiliser l’équilibre du cadre macroéconomique.

Fallait-il laisser la situation s’empirer ? En tout cas, le bureau de l’Assemblée nationale aurait souhaité que le gouvernement se taise. Sans doute, pour qu’à terme il se retourne contre lui en l’accusant de complicité. C’est ce que le Premier ministre a évité. Il n’a pas eu tort, affirment nombre d’observateurs.

Malheureusement, pour régler ses comptes au Premier ministre, le bureau de l’Assemblée nationale s’est empressé de nommer le coupable. Une erreur d’analyse au relent politique.

Crever l’abcès

La débâcle de la BIAC, c’est juste cette face révélée de l’iceberg qui couvre la gestion calamiteuse du système financier national par la BCC. Sous-capitalisée, la Banque centrale a besoin d’une cure de jouvence pour se moderniser en vue de mieux remplir sa mission. Ce qu’a fait Matata en la rappelant à l’ordre dans la gestion hasardeuse de la crise qui couvait à la BIAC.

Ce n’est pas pour rien que le bureau de l’Assemblée nationale a institué le huis-clos dans le débat qui a entouré le dossier de la BIAC. Il y a sûrement des choses qu’on voudrait cacher. Le bureau de l’Assemblée nationale en sait quelque chose.

Si le bureau de l’Assemblée nationale cherche réellement à protéger les 300.000 épargnants de la BIAC, comme le dit son président dans son communiqué du 24 mai 2016, qu’il laisse alors éclore la vérité dans un débat public sans tabou. En amenant le débat sur un terrain politique, l’Assemblée nationale tente de torpiller la vérité. Tôt ou tard, l’opinion se rendra compte qu’au commencement de la désintégration de la BIAC était la Banque centrale du Congo, cette sentinelle défaillante.

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