dimanche , 17 décembre 2017
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"Joseph KABILA" test d'équipement électorale

Beni : Lettre ouverte à « Joseph KABILA »

Je joins ma voix à celle de Freud Bauma, Rebecca Kabugho et des milliers d’autres militants des Droits Humains pour dénoncer les massacres particulièrement odieux perpétrés à l’Est de la République démocratique du Congo durant ces deux dernières décennies. Récemment, la société civile du Nord Kivu, réunie en Assemblée Générale extraordinaire, a constaté ce qui suit : (1) Plus de 1.116 personnes ont été sauvagement tuées entre Octobre 2014 et Mai 2016, soit une moyenne de 60 personnes tuées par mois ou encore une moyenne de 2 personnes tuées par jour. (2) Plus de 1.470 personnes ont été soit enlevées, soit portées disparues. (3) Plus de 1750 maisons ont été incendiées avec parfois, des personnes calcinées, et leurs biens matérielsdétruits. (4) Au moins 13 centres de santé ont été incendiésavec parfois, des malades et du personnel soignant à l’intérieur. (5) Plus de 27 écoles ont été détruites, et d’autres abandonnées, etc. Que dire Monsieur le Président ?

LETTRE OUVERTE

A Monsieur Joseph Kabila Kabange

Président de la République Démocratique du Congo

Concerne : Votre mutisme face à la tuerie sauvage de nos compatriotes à Béni Et face à la mobilisation spontanée des Congolais – #JeSuisBENI-

Monsieur le Président,

Je joins ma voix à celle de Freud Bauma, Rebecca Kabugho et des milliers d’autres militants des Droits Humains pour dénoncer les massacres particulièrement odieux perpétrés à l’Est de la République démocratique du Congo durant ces deux dernières décennies.

En effet, l’élan spontané du peuple Congolais, tant à l’échelle national qu’international, en guise de réaction aux événements lugubres de Beni et Lubero, me poussent à m’interroger sur votre mutisme. Point n’est besoin de rappeler la légèreté avec laquelle votre gouvernement a, jusque-là, traité cette question et l’apathie déconcertante des médias nationaux dont le comportement récidiviste n’étonne plus.

Pour votre gouverne, le Congo a subi la plus effroyable des colonisations après celle des Espagnols en Amérique Indienne au 16ème siècle. Estimée à 17 millions d’habitants, la population du Congo a diminué de plus de la moitié entre 1888 et 1908. Le Professeur Isidore Ndaywel è Nziem estime ce nombre à 13 millions de morts.

En ce début du 21ème siècle, soit de 1998 à 2014, le Congo a connu plus de 8 millions de morts, particulièrement dans les territoires de Beni et Lubero.

Récemment, la société civile du Nord Kivu, réunie en Assemblée Générale extraordinaire, a constaté ce qui suit :

– Plus de 1.116 personnes ont été sauvagement tuées entre Octobre 2014 et Mai 2016, soit une moyenne de 60 personnes tuées par mois ou encore une moyenne de 2 personnes tuées par jour.

– Plus de 1.470 personnes ont été soit enlevées, soit portées disparues.

– Plus de 1750 maisons ont été incendiées avec parfois, des personnes calcinées, et leurs biens matérielsdétruits.

– Au moins 13 centres de santé ont été incendiésavec parfois, des malades et du personnel soignant à l’intérieur.

– Plus de 27 écoles ont été détruites, et d’autres abandonnées, etc.

Que dire Monsieur le Président ?

À ce jour, des femmes, des petites filles et des bébés sont quotidiennement violées. La nuit ou la journée, sous leurs toits, sous leurs propres lits, les femmes sont en insécurité permanente.

Des femmes enceintes sont éventrées, des enfants mutilés, des êtres humains calcinés ou égorgés à l’arme blanche. Les auteurs de ces actes ignobles prennent plaisir à violer, àdémolir et à terroriser une population sans défense.

Certains soldats, porteurs du VIH/SIDA, sont copieusement payés pour violer nos mamans, nos sœurs… des femmes innocentes. La population de cette partie de notre territoire est livrée à elle-même, subissant les pires exactions.

Patrice Emery Lumumba et Laurent Désiré Kabila, en leurs temps, ont haussé le ton contre la balkanisation de la République Démocratique du Congo. Vous l’avez également décrié. Mais qu’en est-il à ce jour ?

Monsieur le Président ;

Ce complot macabre contre l’intégrité de l’État Congolais n’est-t-il pas déjà en marche ?

Dans le territoire de Lubero, plusieurs villages ont été entièrement occupés par des groupes armés ;  en l’occurrence : Mwekwe, Kyuto, Katundula, Ivimbo, Fungulamacho et Mukeberwa.

A Kyuto précisément, les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) ont installé leur chef coutumier ; ils se sont même arrogésles droits de créer et de percevoir des taxes et redevances coutumières. Plusieurs autres villages sont sous une menace permanente d’occupation.

Le projet d’invasion de la République Démocratique du Congo par des extrémistes Tutsi est plus qu’évident. Aucun simulacre ne saurait nous en dissuader.

Les envahisseurs, soucieux d’agrandir leur espace vital, massacrent, assassinent et violent systématiquement nos compatriotes dans l’Est de notre pays. Ce, dans le but d’éloigner les Congolais de leurs terres natales et d’implanter une population Rwandaise dans cette partie de l’Est tant convoitée.

Dans sa lettre envoyée à l’Agence Fides, datant du 13 mai 2016,le père Gaston Mumbere, membre de la Congrégation des Augustins de l’Assomption, vous a supplié de vous intéresser à ce qui se passe actuellement à Béni et lubero.

Ila écrit (extrait): « Si vous êtes Président de la République, c’est pour gouverner les peuples. Et pourtant les morts se comptent en millions, 8 millions. Chaque jour pourtant ce chiffre ne cesse de croître. A ce rythme, vous pourrez devenir le Président des morts, le Président des cimetières, le Président des fausses communes. Cher Président, renchérit-il, les survivants de Béni, du Kivu se demandent s’ils font encore partie du territoire que vous êtes supposer gouverner ».

Monsieur le Président ;

La situation dans l’Est du Congo sera résolue par les Congolais eux-mêmes.

La solution, comme vous le dites si bien dans votre dernier discours sur l’état de la nation, ne viendra ni de l’orient ni de l’occident.

Le premier rapport des Nations Unies sur la guerre à l’Est du Congo date d’une vingtaine d’années. Depuis, des milliers de rapports, émanant de différentes organisations et associations, affluent. Mais le constat reste, malheureusement,  le même : silence absolu et généralisé des personnalités et nations considérées comme puissantes. Le vôtre, est le plus assourdissant.

L’appel à la création d’un Tribunal Pénal International sur la République Démocratique du Congo est, à mon avis, superfétatoire. Il est de fait que beaucoup ont fini par s’accommoder de cette situation macabre en RDCongo, ne laissant plus aucun doute sur leur complicité silencieuse.

Monsieur le Président,

Souffrez que je vous le dise : ce qui m’offusque, ce n’est point l’indifférence des médias internationaux ou la complicité anglo-saxonne. Ce qui m’offusque, c’est le désintéressement de votre gouvernement et l’aphonie manifestée par votre institution.

Nous avons été témoins des actions duPrésident français, François Hollande, pour contrer les attaques terroristes ; et cela, à travers une série des mesures urgentes étendues sur tout le territoire français.

Nous avons également pu admirer les efforts du Président russe, Vladimir Poutine, lorsque ce dernier haussa le ton contre le Président Turc concernant le Bombardier Russe Sukhoi, et prit par la suite des actions résolues contre l’État Islamique.

Mais nous sommes au regret de constater le manque de réaction appropriée de votre part, pour contrecarrer et traquer les rebelles Rwandais, Burundais et Ougandais.

C’est en ma qualité de citoyen Congolais que je me suis librement exprimé, partageant la préoccupation de mes compatriotes, et remplissant ainsi ma part de responsabilité en ce qui concerne le sort de mon pays.

Je conclus avec cette pensée de Thomas Sankara : « l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère.»

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations respectueuses.

Fait à Kinshasa, le 23 Mai 2016

Me DIANSOSA NDOLUMINGU Olivier, Défenseur des Droits Humains

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