mercredi , 21 février 2018
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Dialogue en RDC : Faut-il vraiment écouter Edem KODJO ?

Chaque acteur a des appréhensions sur la mission d’Edem Kodjo. Que le choix soit porté sur sa personne signifie qu’il peut faire pencher la balance au profit d’une solution pacifique dans le processus électoral de la RDC. Il faut écouter l’émissaire de l’UA qui, jusque-là tient à sa position sur le respect des Constitutions africaines et condamne le tripatouillage des lois fondamentales pour le maintien des chefs d’Etat en fonction. Il y a donc lieu de ne pas rejeter à l’avance l’offre de facilitation de l’UA. Pour des prétendants au pouvoir, ce serait une erreur stratégique grave que de heurter la susceptibilité de la famille africaine de l’UA. Quant à l’UDPS, où des positions sont contradictoires, l’arrivée d’Edem Kodjo ne devra souffrir d’aucun avis négatif. L’UDPS voulait un médiateur désigné par la Communauté internationale, il vient de l’avoir en la personne de Kodjo. A la Majorité, l’on doit s’abstenir d’amuser la galerie par des prises de position à l’emporte-pièce d’autant plus que la plus grande responsabilité de la crise aigue qui frappe le pays leur incombe. Bref, tout le monde doit éviter les a priori négatifs et prendre le temps d’écouter Edem Kodjo.

A défaut des Nations unies, c’est finalement l’Union africaine (UA) qui a désigné le facilitateur du dialogue national politique inclusif convoqué par le président Joseph Kabila. Le Togolais Edem Kodjo a reçu mandat de l’UA pour aider la RDC à baliser la voie au dialogue. Les lignes étant inchangées, la tâche qui attend l’ex-secrétaire général de l’OUA ne sera pas de tout repos. Sur sa route, des obstacles quasi-infranchissables l’attendent. Déjà, le G7 et la Dynamique de l’Opposition, plateforme anti-dialogue, redoute sa présence à Kinshasa. La désignation de Kodjo est un pas vers la décrispation. Tous ont intérêt à lui donner une dernière chance, en mettant de côté les a priori négatifs.

Un pas vient d’être franchi dans la convocation du dialogue politique, voulu national et inclusif par le chef de l’Etat, Joseph Kabila. On attendait les signaux de New-York ; c’est finalement d’Addis-Abeba, siège de l’Union africaine, que le facilitateur a été déniché. Sur décision de la présidente de la Commission de l’UA, le Togolais Edem Kodjo a reçu mission de travailler pour la facilitation du dialogue politique national.

En effet, par cette désignation, l’UA vient d’accéder à une demande de l’Opposition. L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d’Etienne Tshisekedi, partisan de l’initiative de Kabila, ne jurait que par un dialogue piloté par la communauté internationale. Pour Etienne Tshisekedi et son parti, c’est l’expérience du passé qui les met sur leurs gardes. Le leader de l’UDPS n’entendait donc pas se faire dribbler par ses partenaires comme ce fût le cas à l’après Sun city.

Dans la classe politique, on prédit déjà un calvaire pour le diplomate togolais. « L’expérience éprouvée d’Edem Kodjo – grande figure de la politique africaine – sera mise à rude épreuve à Kinshasa » a twitté Olivier Kamitatu, membre du G7.

Lambert Mende, porte-parole de la Majorité, ne s’est pas montré tendre avec la désignation d’un médiateur international. La Convention des Congolais unis (CCU), son parti, ne veut pas entendre parler d’un médiateur ou facilitateur étranger dans les affaires des Congolais. Edem Kodjo n’aura pas une tâche facile.

Dans l’entendement de l’UDPS, le facilitateur ou médiateur est ce témoin qui confirmera ou infirmera ce qui avait été décidé de commun accord par les parties au dialogue. Aussitôt désigné, le constat est qu’il n’y pas a eu d’euphorie ni de tollé général en guise de réprobation dans la classe politique.

Il faut croire que l’ancien secrétaire général de l’UA peut encore réussir sa mission de mettre un maximum des Congolais autour d’une table pour discuter du processus électoral en cours. L’Opposition, qui continue à soupçonner le président Kabila et ses partisans de se servir du dialogue pour contourner le verrou constitutionnel que pose l’article 220, redoute la présence du Togolais dans la facilitation au dialogue. Le doute est beaucoup plus vif lorsque l’on fait le lien avec le passage non concluant d’Edem Kodjo au Burundi où il vient de boucler un mandat en qualité de facilitateur de l’UA.

Malgré toutes les pressions, ni les Nations unies ni l’UA ne sont parvenues à faire fléchir le président burundais Pierre Nkurunziza. Réussira-t-il en RDC ce qu’il n’a pas pu réaliser au Burundi ? Autant d’inquiétudes qui alimentent le scepticisme dans les rangs des opposants au dialogue.

Loin de craindre la désignation de Kodjo à la facilitation du dialogue, nombre d’observateurs pensent que l’Opposition a intérêt à mettre un peu d’eau dans son vin en ne fermant pas de si tôt la porte au facilitateur de l’UA. Jouer à la politique de la chaise vide risque d’être complètement contreproductif pour l’Opposition. La communauté internationale qui a porté Edem Kodjo à ce poste, via l’UA, est aux aguets. L’Opposition ferait mieux d’intégrer cet aspect dans son schéma. Ce serait une grave erreur que de se mettre sur le dos les partenaires de la République.

La patate chaude

Dans tous les cas, il faut dire qu’Edem Kodjo a le soutien des Nations unies. Selon des sources, le démineur Saïd Djinnit, venu s’informer pour le compte du secrétaire général de l’ONU, est rentré « déçu ». L’Algérien est tombé sur la conclusion qu’il s’agit d’une mission dont l’échec est annoncé à l’avance. Saïd Djinnit s’est retrouvé en face des positions diamétralement opposées. Des positions « inconciliables » qui l’ont contraint à proposer à Ban Ki-moon de ne pas se mouiller dans le bourbier congolais.

En bon stratège, le secrétaire général de l’ONU a passé la patate chaude à l’Union africaine qui s’est retrouvée en position de prendre en charge le dossier congolais. La désignation par Mme Zuma du Togolais Edem Kodjo rentre justement dans le cadre de cette volonté d’une auto-prise en charge par des Africains des affaires africaines. Rien ne prouve que ce soit par dépit que l’ONU se soit déchargée de l’affaire RDC au profit de l’UA. Cette répartition des rôles est une volonté de chercher des solutions africaines aux affaires africaines. Edem Kodjo qui traine une longue et riche expérience ne se laisserait pas impressionné par les acteurs congolais qui ne suivraient pas la voie de la raison.

Sage africain de par son âge, Edem Kodjo ne viendrait pas en RDC pour maculer sa réputation des souillures de la trahison des idéaux des pères des indépendances.

Loin de tous préjugés

Chaque acteur a des appréhensions sur la mission d’Edem Kodjo. Que le choix soit porté sur sa personne signifie qu’il peut faire pencher la balance au profit d’une solution pacifique dans le processus électoral de la RDC. Il faut écouter l’émissaire de l’UA qui, jusque-là tient à sa position sur le respect des Constitutions africaines et condamne le tripatouillage des lois fondamentales pour le maintien des chefs d’Etat en fonction.

Il y a donc lieu de ne pas rejeter à l’avance l’offre de facilitation de l’UA. Pour des prétendants au pouvoir, ce serait une erreur stratégique grave que de heurter la susceptibilité de la famille africaine de l’UA.

Quant à l’UDPS, où des positions sont contradictoires, l’arrivée d’Edem Kodjo ne devra souffrir d’aucun avis négatif. L’UDPS voulait un médiateur désigné par la Communauté internationale, il vient de l’avoir en la personne de Kodjo. A la Majorité, l’on doit s’abstenir d’amuser la galerie par des prises de position à l’emporte-pièce d’autant plus que la plus grande responsabilité de la crise aigue qui frappe le pays leur incombe.

Bref, tout le monde doit éviter les a priori négatifs et prendre le temps d’écouter Edem Kodjo. Les préjugés seraient contreproductifs.

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