samedi , 16 décembre 2017
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Académie des sciences : Le RDC doit relever le défi

Dans le contexte actuel dominé en République Démocratique du Congo par le désir de promouvoir une « révolution de la modernité » sur notre sol et par l’ambition de construire à plus ou moins long terme un « Congo émergent » qui s’affirme comme un lion économique, un tigre politique et un dragon culturel au cœur de l’Afrique, l’une des conditions majeures pour réussir ce gigantesque pari est de mobiliser toutes les forces de l’intelligence congolaise dans une culture et dans des institutions consacrées au développement des sciences et à la recherche scientifique au sens global du terme.

Il s’agit là d’un impératif qui devrait donner à notre nation non pas seulement la capacité de résoudre ses problèmes de manière forte et confiante, mais surtout de se hisser au rang de nouveaux pays d’avenir dont la dynamique des sciences ouvrira à l’Afrique et à l’humanité de nouvelles possibilités de bonheur et d’espérance, grâce à ce qu’il convient de nommer sans peur aujourd’hui « le génie congolais ».

Pour les pouvoirs publics dans notre pays comme pour les forces intellectuelles et les énergies d’imagination nationale, nous sommes devant une réalité plus ardente qu’un beau rêve et plus exaltante qu’une utopie.

Nous sommes devant un défi exigeant et un enjeu de première importante pour un peuple qui doit se construire une grande destinée. Le Congo doit relever ce défi, concrétiser cet enjeu et réussir cette destinée en fertilisant tout son génie.

Esprit scientifique et développement des nations

Quand on considère le chemin suivi par les nations qui comptent dans le monde d’aujourd’hui et sur lesquelles le monde d’aujourd’hui compte en matière de prospérité, de développement et de puissance créatrice, la culture et les institutions scientifiques y joue un rôle primordial.

En termes d’ambition comme en termes de ressources humaines et de moyens financiers, beaucoup est fait pour que la recherche et l’esprit scientifique y soient des leviers et des moteurs de nouvelles richesses et d’une nouvelle volonté de rayonner dans le monde.

Les vieilles nations dites développées ont toujours en leur sein des débats torrides sur le budget à allouer à la recherche et aux centres scientifiques nationaux. Elles sont en compétition permanente dans la dynamisme créateur de leurs inventeurs et de leurs chercheurs.

Chaque année, leurs forces de l’intelligence et de l’imagination créatrice mesurent leur puissance par l’attribution des prix Nobel et par des multiples prix nationaux et récompenses internationales qui « boostent » l’esprit et le désir de développer et de promouvoir la science.

Aux Etats-Unis, en France comme en Allemagne ou en Angleterre, il existe des instances d’observation de l’état de la créativité scientifique nationale et des baromètres de mesure des capacités des universités à être performantes au niveau planétaire, avec un classement qui devient aujourd’hui l’un des rendez-vous importants pour savoir quel est le poids de nations dans l’intelligence créatrice et l’imagination inventive.

Talonnant ces vielles nations dans la recherche de l’hégémonie scientifique mondiale et de la puissance économique pour fertiliser cette économie, de nouvelles nations émergentes prennent déjà leur place dans le concert de la créativité.

Ce n’est pas un hasard si, en Chine, Deng Xiao Ping a donné au nouveau dynamisme de son pays un double levier. D’abord un mot d’ordre économique clair : « Enrichissez-vous ». Ensuite une décision de grande importance : la création de l’Académie des sciences de Chine, une structure des savants autour de laquelle gravitent actuellement plus de six millions de chercheurs.

On parle beaucoup de la nouvelle prospérité chinoise et de l’impulsion qu’elle donne au nouvel homme chinois pour conquérir le monde. On ne voit pas souvent le dynamisme scientifique qui hisse peu à peu la Chine au rang de puissance scientifique, dans une volonté politique clairement affichée de peser sur l’avenir de l’humanité.

Ce n’est pas non plus un hasard si l’Inde consacre à l’éducation scientifique un immense budget qui l’impose comme un creuset mondial de formation des informaticiens les plus performants, qui s’exportent aujourd’hui dans les pays riches comme l’Allemagne et les Etats-Unis. L’Inde a compris que la science est le moteur de la modernité et le secret de la puissance.

Qu’elle soit d’ailleurs aujourd’hui une puissance atomique montre à quel point la recherche scientifique est au cœur de sa vision géostratégique des rapports de force entre nations.

Les autres pays du Groupe BRICS sont portés par la même dynamique de valorisation de la recherche et de l’éducation scientifique. Leurs résultats en matière de croissance et de développement les fait rayonner actuellement comme les nouveaux modèles parmi les peuples. Cela n’est pas dû au hasard ou à la chance.

Il suffit de regarder la montée fulgurante des universités brésiliennes dans la volonté de s’ouvrir aux pays pauvres et d’aider leurs institutions de formation pour comprendre que la matière grise scientifique est une préoccupation vitale pour les dirigeants brésiliens et pour les chercheurs du Brésil.

Si des pays comme les Etats-Unis, le Japon, l’Union Soviétique, la France et l’Allemagne, tout comme les puissances émergentes dont le Brics, la Corée du Sud ou Singapour, qui surfent actuellement sur les crêtes des richesses des Nations, ont compris que la promotion de l’intelligence scientifique et de ses possibilités d’innovation est le moteur du développement dans le climat de compétition mondiale, il y a là une véritable leçon des choses et une nouvelle loi du destin pour les autres nations.

Surtout pour l’Afrique et pour le Congo, notre pays, dont l’ambition doit être de faire de la « révolution de la modernité » et de « l’exigence d’émergence » autre chose que des incantations et des slogans sans consistances.

La science est indissociable de l’esprit de la modernité

Tous les pays que nous avons pris comme modèle du dynamisme de la créativité scientifique exemples montrent à quel point la science est indissociable de l’esprit de la modernité et de la force d’émergence dont la RDC parle et qu’elle cherche à incarner.

Cet esprit et cette force ne tombent pas du ciel : ils se construisent, ils s’organisent, ils s’animent grâce à des structures et des organisations que l’on fertilise avec des décisions et des choix à la fois politiques et économiques, grâce à la clairvoyance de certains dirigeants qui comprennent dans quelle direction un pays doit aller s’il vise la prospérité, le développement, l’influence mondiale et le rayonnement planétaire.

Ces responsables du destin de leurs nations engagent des financements lourds pour des centres de recherche scientifique. Ils en font une affaire d’Etat et encouragent le développement d’une culture du mécénat pour la promotion des sciences non seulement en lien avec la technologie, mais avec le développement des peuples et le souci de la cause humaine, dans des structures fortes de production des théories fondamentales et des pratiques innovatrices.

Sans culture scientifique, sans structures pour animer cette culture, sans des chercheurs de première grandeur pour la fertiliser par des découvertes et des innovations au service des citoyens, sans moyens lourds pour féconder l-univers de la recherche, il est illusoire de parler d’une quelconque révolution de la modernité et d’une quelconque possibilité pour une nation de devenir un pays émergent. Tenons-nous en pour dit en République Démocratique du Congo.

Culture scientifique et esprit de recherche

Quand nous parlons ici de la culture scientifique dans un pays, nous pensons avant tout à la recherche et à la manière dont les universités, les centres scientifiques et les instituts de hautes études l’organisent pour répondre aux problèmes de la société, faire des découvertes et promouvoir une dynamique d’intelligence globale portée par les chercheurs.

Il existe des pays qui ont fait de cette culture une priorité, par décision et par choix. Leurs chercheurs sont souvent encadrés dans une dynamique de stimulation inter-fécondante entre pairs et d’orientation politique nationale. Ils ont un statut officiel reconnu et bénéficient de tous les avantages liés à ce statut de service scientifique à rende à la nation.

Il existe aussi des pays où la recherche scientifique n’est pas une priorité du tout, même au sein de leurs institutions de formation supérieure. On ne peut pas attendre de ces derniers pays un élan d’innovation ou de développement de grande envergure. Ils n’inventent pas, ils peuvent juste consommer ce que les autres nations produisent.

Dans notre pays, nous nous trouvons dans une situation pire encore : celle où règne non seulement une glaciale indifférence à la recherche comme exigence et priorité, mais surtout une culture de la mort de la recherche en tant que telle.

Oui, en RDC, la culture de la recherche a été remplacée par la culture de la mort de la recherche. C’est contre cette situation qu’il faut s’organiser et lutter en vue de faire entrer la société congolaise dans la révolution de la modernité. Sans ce choix fermement fait, sans cette décision clairement prise dans les instances de direction de notre pays, cette révolution ne sera qu’un slogan vide.

Il n’y a pas de recherche sans structures pour la recherche ni chercheurs de grande envergure

Ajoutons tout de suite qu’il n’y a pas de recherche sans structures pour la recherche : des institutions consciemment destinées à cette tâche et organisées sur des bases solides, fécondes et riches pour répondre à des problèmes précis, avec une armée des chercheurs qui se consacrent à plein temps à leur travail.

Dans cette perspective, la recherche n’est pas un travail d’amateur ni un passe-temps de dilettante. Elle est une tâche essentielle et capitale pour un pays, qui exige des efforts constants de stimulation, de créativité et d’innovation, avec obligation de résultats compte tenu des moyens que des institutions publiques ou des mécènes mettent à la disposition des chercheurs.

Dans notre pays, il est consternant de constater qu’au sein même de nos institutions d’enseignement supérieur et universitaire, les centres de recherche sont rares et là où ils existent, ils sont des parents pauvres auxquels personne ne consacre ni temps conséquent ni moyens réels.

On ne parle d’eux qu’à l’occasion des colloques sporadiques animés par des enseignants qui ne sont pas chercheurs pour un cran et qui croient que le travail d’un chercheur se réduit à quelques petites heures perdues et futiles.

En fait, nous sommes dans des universités sans centres de recherche ni chercheurs, sans conscience de stimulation scientifique ni volonté de production de nouvelles connaissances et d’animation de nouvelles pratiques de transformation sociale. Inutile d’imaginer une quelconque révolution de la modernité dans un tel contexte de vide.

Une urgence : l’Académie des sciences de la RDC

Dans ce contexte, il y a urgence de doter le pays d’une structure dynamique consacrée à la stimulation, à la solidification et à la promotion des sciences et de la recherche scientifique au sens global, celui qui lierait la recherche fondamentale aux perspectives technologiques pratiques et mettrait la cause humaine dans toutes ses dimensions au centre des découvertes, des innovations et des inventions.

Une telle structure dynamique veillerait à ce que la recherche scientifique devienne action de transformation sociale et dynamique de formation d’un esprit d’intelligence au cœur de notre nation. Il s’agira, en fait, de poursuivre des lignes de force et de solidifier des axes d’actions suivants :

Rassembler les plus grands scientifiques du pays, dans tous les domaines des savoirs, pour qu’ils constituent une énergie nationale de promotion des sciences et de stimulation concrète de la recherche.

Animer des réseaux de connaissance à travers des centres de haut niveau soutenus par une politique globale de l’Etat dans son souci de révolution de la modernité comme priorité de notre nation aujourd’hui.

Permettre aux plus grands savants congolais de conduire leur recherche dans une atmosphère de passion créatrice et d’ambition de servir nos populations.
Assurer la publication des travaux scientifiques congolais et les partager avec les autres espaces scientifiques dans le monde.

Suivre l’évolution des sciences au Congo et veiller à la qualité de leur production.
Faire valoriser le statut des chercheurs dans les instances de formation supérieure et universitaire.

Bref : faire de la République Démocratique du Congo une grande puissance scientifique mondiale. Ni plus. Ni moins.

Dans ces lignes de force et ces axes d’action, c’est la place même de la science dans la société et de la recherche au cœur de la science qu’il s’agit de garantir selon des orientations pratiques qui fassent du Congo le pays des grandes découvertes, des grandes innovations et des grandes inventions dans le monde d’aujourd’hui.

Avec l’Académie des sciences de la RDC, le pays passera réellement de la culture de la mort de la recherche à la culture de la recherche comme pouvoir de vie dans une société d’espoir, pour reprendre l’un des plus beaux mots d’ordre du vocabulaire politique congolais.

[Tshiunza Mbiye et Kä Mana]

Cet article a été lu 2047 fois – 13/06/2016, wiwmtktnw

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